Les bêtes

Il n’y a plus personne aujourd’hui pour croire que l’animal n’est qu’un serviteur de l’Homme ou un objet. Une sorte de machine, comme le croyait Descartes. Ou une créature n’existant que par sa seule utilité, comme l’a enseigné le christianisme. Pourtant, il y a fort peu de pays où on reconnaît les animaux supérieurs comme des êtres sensibles, capables de souffrance.

Au XXIe siècle, peut-on finir par le reconnaître?

En janvier 2014, un groupe a fait circuler un manifeste réclamant la réforme du statut juridique des animaux. Le Code civil du Québec ne les considère en effet que comme des objets, des propriétés, au même titre qu’un meuble.

Dans ce groupe, on retrouvait les philosophes Daniel Weinstock et Michel Seymour; des scientifiques tels Franco Lepore (neurosciences) ou Stevan Harnad (sciences cognitives); des comédiens comme Jacques Godin et Anne Dorval; diverses personnalités, de Jacques Languirand à Georges Laraque.

Il ne s’agissait pas de la première initiative du genre.

Début 2013, déjà, près de 10 000 Québécois avaient déjà signé une pétition mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale et allant dans le même sens. L’année précédente, une action semblable avait été menée en France.

L’intérêt nouveau qui se manifeste au sujet de ce qu’on pourrait appeler la «condition animale» découle en partie de la Déclaration de Cambridge, signée le 7 juillet 2012 par un groupe de scientifiques, dont l’astrophysicien Stephen Hawking.

Le texte n’aborde pas la question surtout du point de vue moral, mais de celui de la connaissance dont on dispose maintenant sur la conscience des animaux. Plusieurs de ceux-ci «possèdent les substrats neuroanatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des états conscients», peut-on y lire.

Cela n’étonne personne, évidemment.

Charles Darwin subodorait déjà la proche parenté entre l’humain et les animaux supérieurs (ce que confirme la génétique): la différence n’en est pas une de nature, mais de degré.

L’autre approche, maintenant. Le neuroscientifique américain Sam Harris est l’auteur notamment de The Moral Landscape. Il dit: «Les fondements de la moralité imposent de ChoupEtChamin4nous soucier du bien-être des créatures conscientes dans la mesure où elles peuvent souffrir, peuvent être rendues heureuses ou être privées de bonheur.»

En plus, il y a un certain nombre d’espèces avec lesquelles, au fil des millénaires, l’espèce humaine a conclu une sorte de contrat. Ce sont les animaux de compagnie, de travail, d’élevage. Ces bêtes ont en quelque sorte renoncé, à notre profit (et au leur), à la liberté vécue dans leur habitat naturel. Nous avons un devoir particulier envers elles.

Traduire cela en langage législatif n’est pas simple. Plusieurs pays ont fait des avancées en ce sens, dont l’Allemagne, la Suisse et l’Inde – où l’empereur Ashoka se préoccupa de compassion envers les bêtes dès le IIIe siècle av. J.-C. Mais le manifeste québécois ne trace pas de voie balisée pour y arriver.

En termes de civilisation, nous en sommes là, pourtant. Il faudra parvenir à officialiser le lien qui nous unit aux autres créatures conscientes.

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