E = mc2

En mars 2014, Le National Science Board a rendu public un sondage sur le niveau des connaissances scientifiques au sein de la population des États-Unis. Ça n’a pas été très édifiant. Et, comme de juste, la planète entière a bien rigolé: quels ploucs, ces Américains!

showimagePar exemple, plus de 25% d’entre eux ne savent pas ou ne sont pas certains que la Terre tourne autour du Soleil. À peine 48% croient que l’être humain descend d’autres espèces animales et même végétales. Moins de 40% croient à la réalité du Big Bang…

Maintenant qu’on s’est bien moqué de nos voisins du Sud, voyons ce qu’il en est ailleurs dans le monde. En Europe et chez nous, par exemple.

Davantage d’Européens (33%) que d’Américains ont des doutes sur le comportement de la Terre par rapport au Soleil. De même, leurs connaissances sont plus limitées quant à la radioactivité naturelle (59% de bonnes réponses contre 72%), à l’atome (46 contre 53%), aux antibiotiques (46 contre 51%, selon l’Eurobaromètre). Bref, la note moyenne obtenue à des tests portant sur des notions élémentaires de physique et de biologie a été aux États-Unis de 72,2%. En Europe, de 66%.

Et au Québec? Un sondage à peu près comparable indiquait en 1989 que seulement 10,9%des Québécois pouvaient donner huit bonnes réponses sur dix à un questionnaire très semblable (les citoyens de l’Ouest du Canada faisaient beaucoup mieux: 28,7%). Et, donnée éloquente, plus de 44% des Canadiens disaient estimer que l’astrologie est en partie ou totalement scientifique!

Pourtant, tout le monde se dit intéressé à la science.

C’est le cas de 87,5% des Québécois, lesquels accordent en outre davantage de crédibilité aux experts scientifiques qu’aux élus (76 contre 36%). Pour eux, les émissions scientifiques diffusées à la télévision constituent la principale source d’information (54%). Ces données partielles proviennent de l’Association Science et bien commun en collaboration avec l’Agence Science-Presse.

Tout cela est un peu déroutant: peut-on être à la fois très intéressé et très peu informé?

Une partie de la réponse se trouve sans doute dans la nature même des sondages: il est beaucoup plus facile – et gratifiant – de se dire intéressé à la science que de répondre à des questions scientifiques précises. Mais il y a autre chose: la connaissance, et par conséquent la science, est-elle suffisamment valorisée?

Non.

Les sciences et les technologies sont de plus en plus attaquées de façon brutale et irrationnelle. La foi religieuse, par définition anti-scientifique, gagne partout du terrain. L’école tend à oublier sa fonction première, qui est de transmettre des connaissances. Les médias misent davantage sur l’opinion et l’émotion que sur les faits. L’espace consacré dans les librairies aux ésotérismes divers surpasse celui alloué aux sciences. Et c’est encore pire sur le web…

La question se pose: existe-t-il encore une passion de savoir?

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