Cultur…isme

culthurL’écriture manuscrite disparaît. La lecture, ou la musique classique, ou le théâtre, sont délaissés. Le français est boudé au profit de l’anglais dans la culture populaire. Les humoristes se retrouvent presque seuls sur le podium de la popularité. La fréquentation des jeux vidéo gruge petit à petit tout le temps libre des ados…

En somme, tout fout le camp!

Pour ceux parmi les adultes qui ont une conception plus ou moins classique de la culture, la fréquentation de certains des grands journaux du week-end est souvent déroutante.

Dans Le Devoir, on rapporte la perte galopante de l’habileté nécessaire pour écrire à la main. «Tout est la faute de l’ordinateur», juge l’Américaine Kitty Burns Florey, auteure d’un ouvrage sur le sujet. Dans La Presse, qui s’intéresse aux ados fréquentant le cégep, on décline le déclin de… tout le reste. Le reste enseveli sous le poids de l’ordinateur et des jeux; de la musique pop, rock, hip-hop, qui vit surtout en anglais; de l’humour omniprésent et du cinéma pop-corn. De fait, seulement un collégien sur cinq s’estime plus cultivé que ses parents.

Allez, une petite musique funèbre pour enterrer la culture? Le Requiem de Mozart? Ou Highway to Hell de AC/DC, peut-être?

Il faut se méfier des «c’était bien mieux avant». De plus, il est ridicule de snober la culture populaire, qui produit elle aussi des chefs d’œuvre et est également capable d’élévation.  Pourtant, il est exact que le progrès n’est jamais garanti: il est arrivé à de grandes civilisations de reculer de façon dramatique.

Est-ce le cas de la nôtre? En termes de culture, le débat est ouvert.

La thèse des optimistes est séduisante. Selon eux, ce qui disparaît fait de la place pour autre chose, qui n’a pas moins de valeur. «Les jeunes sont cultivés différemment», dit Jacques Roy, chercheur à l’Observatoire Jeunes et société. Il ajoute: «Leur rapport à la culture est plus pragmatique. À quoi ça sert de savoir ça?» me demande-t-on souvent…

Justement!

Apprendre le latin et le grec ancien, comme on le faisait dans les collèges classiques, ne servait pas surtout à connaître ces langues, en soi inutiles, mais à former une «compétence» (comme disent les dieux-des-réformes-qui-sont-à-Québec): celle de penser de façon rationnelle, rigoureuse, éprouvée. Savoir calculer même s’il y a des calculatrices demeure une gymnastique du cerveau. Savoir écrire à la main… de fait, est-ce encore utile?

La thèse des pessimistes est que la culture, dans le sens où ce terme était entendu jusqu’à maintenant (c’est-à-dire: non seulement la connaissance des grands systèmes de pensée et des grandes oeuvres du passé et du présent, mais aussi le goût de parfaire cette connaissance), est bel et bien en train de s’évaporer.

Cela fait-il de la place pour autre chose? Sans doute. Mais quoi au juste, ce n’est pas encore très clair.

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