Passé simple

Théoriquement, les enfants vont à l’école pour apprendre à apprendre, à comprendre et à juger. En plus, évidemment, d’y acquérir les connaissances et les habiletés nécessaires pour exercer dans leur vie adulte une activité gratifiante pour eux et utile pour la société.

Théoriquement.

En pratique, depuis les années 60, l’éducation n’a pas cessé d’être auscultée, disséquée, remise en question même dans ses buts et ses objectifs. On a vaguement l’impression que les quatre dernières décennies n’auront été qu’une longue suite d’expériences… parfois catastrophiques. Une interminable enfilade d’essais et erreurs sans conclusions probantes.

Mais, en réalité, le phénomène n’est pas propre au Québec.

Au milieu des années 80, déjà, après avoir compté chez lui 41 réformes de l’enseignementrevel depuis la libération (!), le philosophe français Jean-François Revel (photo) jugeait: «La démocratisation, la montée des effectifs, le souci d’égaliser les chances ont imposé à tous les responsables l’obligation d’innover dans la hâte, d’explorer à tâtons, de prendre plus de risques que de précautions» (dans Le Rejet de l’État). Bien entendu, cela vaut pour nous.

La formation professionnelle fut pendant des années traitée en parent pauvre, tout le monde étant destiné à «faire» l’université? On y revient aujourd’hui en valorisant davantage les techniques et les métiers. L’enseignement des sciences pures a été presque snobé au profit de certaines sciences humaines? On reconnaît maintenant l’erreur, au vu de ses conséquences. Les connaissances de base, le français au premier chef, ont été négligées? Une millième réforme remet, du moins sur papier, l’accent sur elles.

En somme, on se rend compte qu’en éducation, quels que soient les efforts consentis par les penseurs noircissant des rames de papier dans les étages supérieurs du ministère, on ne réinventera pas la roue.

SURTOUT L’HISTOIRE

Autre chose encore, de cruciale importance.

11neufDepuis le 11 septembre 2001, le temps aura permis de méditer sur l’extrême nécessité qu’il y a à inculquer aux jeunes une solide connaissance de l’Histoire ainsi que les armes intellectuelles nécessaires pour exercer, à partir de là, des jugements éclairés.

Ces événements sont en effet incompréhensibles si on ignore que le terrorisme a une histoire, qui commence ici et se poursuit là, qui possède une logique propre, fut-elle démente. L’Afghanistan existait avant d’être découverte par les correspondants de CNN et fut livrée au totalitarisme taliban en raison de circonstances qui s’analysent à l’intérieur d’un système de causes et effets : il faut le savoir. Comment comprendre le conflit israélo-palestinien si on ignore comment est né Israël, entre les pogroms russes et les camps allemands? Peut-on appréhender un phénomène tel celui de la mondialisation si on a l’impression que le commerce est une invention américaine, un peu postérieure à l’apparition de l’internet? Comment voir le racisme lorsqu’il renaît (et il renaît toujours, souvent sous des formes inédites faisant en sorte qu’on ne le reconnaît pas tout de suite) si on ne l’a pas vu agir il y a 50, ou 100, ou 200 ans?

L’enseignement de l’Histoire est le mécanisme par lequel l’humanité transmet son savoir, son expérience, son héritage, un peu comme l’ADN transmet le bagage génétique de la vie. La connaissance de l’Histoire est la pierre d’assise d’une véritable culture générale et immunise jusqu’à un certain point contre l’irrationnel.

Que cette connaissance ait été à ce point négligée depuis des décennies sera vu un jour comme une des plus grandes aberrations de notre… histoire.

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