Brexit: le festival des mauvaises idées

brexitLa poussière est retombée. On a eu le temps d’y penser. Alors voilà: les Britanniques ont eu tort de voter pour sortir de l’Union européenne.

D’abord, il y a là un manque de sens historique. L’Union a mis fin à des siècles (en particulier le XXe siècle) de massacres que les Européens se sont inlassablement infligés à eux-mêmes et ont exportés partout dans le monde par le biais de leurs idéologies mortifères. Or, maintenant, les Européens ne songent plus à s’entretuer ni à vendre à l’étranger leurs fabulations totalitaires. C’est un fait radicalement nouveau dans l’Histoire. Et il serait sage de ne pas détruire le cadre politique et économique qui a encouragé une telle évolution.

Il y a là aussi un manque de réalisme économique. Quiconque ayant la chance de ne pas être né en Corée du Nord devrait savoir que la mise en commun des ressources humaines, matérielles, financières, technologiques, est indispensable au progrès. La méchante mondialisation a sorti en 30 ans quelque 400 ou 500 millions d’êtres humains de la misère. Cela aussi est un fait sans précédent dans l’Histoire. Qu’elle soit parfois difficile à vivre pour les Occidentaux qui se trouvent au bas de l’échelle ne l’empêche pas d’être globalement positive. Et, au fait, ce n’est pas Wall Street qui a inventé ça: la première vague de <mondialisation> date probablement des Sumériens, 3000 ans avant Jésus-Christ…

Bref, les 52% de Britanniques qui ont voté <Leave> ont eu à mon avis une très mauvaise idée.

Maintenant, la réaction indignée des élites intello-politico-médiatiques face à cette expression de la volonté populaire est tout aussi peu brillante.

Coline Serreau
Coline Serreau

Pour faire court, disons que ces élites ont qualifié plus ou moins ouvertement le peuple britannique d’arriéré, de sénile, de xénophobe, sinon de raciste. De la part de ces belles âmes, ce n’est pas une réaction étonnante. Chez les gens de la haute, on a toujours beaucoup aimé le peuple… en théorie, mais assez peu en pratique *.

Touchons le point le plus sensible: l’immigration.

Les peuples européens sont décontenancés devant la vague d’immigration qui déferle sur eux depuis deux ans. Or, ils ont raison de l’être -et soulignons le fait que, historiquement, la Grande-Bretagne n’a jamais été une terre d’immigration, le choc y étant d’autant plus sensible. Au surplus, l’immigration d’aujourd’hui est très différente de celle de jadis et présente des problèmes inédits… ai-je besoin de faire un dessin? Quoi qu’il en soit, revoyons ce que le film La Crise de Coline Serreau disait à ce sujet * (surtout à partir de 04m45s) en… 1992! Prophétique! Car rien n’a changé depuis.

En somme, il est beaucoup plus facile d’être politiquement correct , ouvert, moderne et pontifiant lorsqu’on est un privilégié possédant une tribune et habitant Neuilly (ou Outremont), plutôt qu’un chômeur sans voix de Seine/Saint-Denis (ou Hochelaga-Maisonneuve).

* Ce mépris est à ce point devenu une constante dans la vie publique que, en temps ordinaire, on ne le remarque même plus. Pourtant, il ne compte pas pour peu dans l’émergence aux États-Unis d’un bouffon comme Donald Trump, par exemple.

** Malgré son étonnante envolée, Michou n’est pas vraiment <raciste>, ce que le récit de Serreau démontrera plus tard à souhait. La séquence chez le député socialiste se veut vaudevillesque et est à ce titre parfaitement réussie!

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7 réflexions au sujet de « Brexit: le festival des mauvaises idées »

  1. De tout temps les élites ont toujours pensé mieux savoir pour le peuple et ont pris les décisions à leur place. De tout temps ce sont les peuples qui payaient pour les erreurs de leurs dirigeants. Aujourd’hui le peuple est mieux informé, mais malheureusement « pense » tout savoir pendant que les dirigeants continuent de croire tout savoir et prendre les décisions pour le peuple. Le peuple continue à payer pour les erreurs des dirigeants, mais toutefois se rebiffe devant les dirigeants qui deviennent encore plus moralisateurs devant la rebuffade du peuple. Cela permet l’émergence de groupes extrêmes et de leader populiste. Ça n’augure rien de bon pour le proche avenir.

  2. « La méchante mondialisation a sorti en 30 ans quelque 400 ou 500 millions d’êtres humains de la misère. »

    Ce sont pourtant les Michou de ce monde qui en font les frais, pas les habitants de Neuilly (Outremont) et c’est pourquoi ils votent Brexit au RU, Lepen en France, etc.

    De plus, avec l’immigration massive, les français de Seine/St-Denis (le 93 comme ils disent) ont été refoulés vers des banlieues plus éloignées, les salaires ont baissés, le chômage a augmenté, etc. d’où le succès du FN dans les anciens fiefs du PCF.

    Enfin, les partis politiques de droite comme de gauche, afin de gagner des blocs d’électeurs, ont favorisés la création de ces ghettos urbains dont plus personne n’a le contrôle hormis les extrémistes… etc.

    Les partisans de l’UE utilisent constamment l’argument qui consiste à prétendre qu’avec l’UE on ne connaitra plus les guerres. Et pourtant, les banlieues sont régulièrement mises à sac en France, les attentats terroristes se multiplient, etc. Les journaux nous en rapportent à tous les jours s’y on cherche le moindrement (http://www.thereligionofpeace.com/attacks/attacks.aspx?Yr=Last30 ; durant les derniers 30 jours : « During this time period, there were 211 Islamic attacks in 29 countries, in which 1944 people were killed and 1809 injured. »). C’est une nouvelle sorte de guerre qui est commencée.

    Alors le Brexit n’est qu’un pavé de plus dans la marre des mensonges des politiciens.

  3. Les 400 ou 500 millions d’êtres humains qui sont sortis de la misère ont profité de la mondialisation. Il n’a pas été nécessaire d’imposer une structure politique antidémocratique sur les États-Unis, la Chine, l’Inde, etc. pour arriver à ce résultat. Ces états ont essentiellement conservé leur autonomie politique tout en profitant d’une libéralisation des échanges commerciaux. L’Union Européenne est une mauvaise affaire pour la plupart des pays européens qui perdent leur autonomie et qui, avec le temps perdront aussi leur identité. Une élite non redevable de ses décisions a prit les rennes et la population se sent de plus en plus impuissante devant les transformations de leur environnement économique, culturel et social imposé par l’Europe. Pour ceux qui ne l’ont pas vu, je recommande le documentaire «BREXIT THE MOVIE» sur YouTube. Les mois à venir seront difficiles mais les anglais ont prit la bonne décision.

  4. « La paupérisation des classes moyennes, le déclassement de leurs franges inférieures, la précarisation et l’insécurité sociale, la polarisation de la société avec la montée des inégalités, sont des faits établis dans tous les pays occidentaux (cf. les Cahiers Français, Janvier 2014). Entre 1980 et 2010, les Anglais ont ainsi vu le nombre de ménages pauvres augmenter de 60%, les ménages riches progresser de 33%, alors que le nombre de ménages aux revenus moyens diminuait de 27% (The Gardian, 7 mars 2015). »

    Figaro Vox, 01/07/2016
    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/07/01/31002-20160701ARTFIG00141-comment-l-europe-a-organise-la-pauperisation-de-ses-classes-moyennes.php

  5. Ce vieux dicton qui me revient de plus en plus souvent:« L’enfer est pavé de bonnes intentions».
    Brexit: Le Royaume Uni reprend son indépendance de la dictature européenne.
    En septembre 2014 l’Écosse fait un référendum dans l’espoir d’obtenir son indépendance face à l’Angleterre. Perdu de peu, le Labour Party voudrait le reprendre pour pouvoir rester sous la gouverne du Parlement Européen. Vive les partis de gauche ! Allô la démocratie!

    Voici l’Union Européenne

    1. Vous pouvez me dire en quoi la Grande-Bretagne est sous le joug de la « dictature » européenne? Peut-être avons-nous une définition différente de dictature aussi.. Quand je pense à un risque actuel de dictature dans le monde, j’aurais la Turquie en tête plutôt que Bruxelles. Mais peut-être existe-t-il une différence sémantique entre sultan et dictateur. M’enfin, j’imagine que les définitions se discutent. J’ai eu par ailleurs, un peu de difficultés à ne pas rire en voyant la vidéo comparant l’Union Européenne à l’URSS. Après le printemps de Prague, celui de Glasgow? Après l’insurrection de Budapest, celle du Luxembourg? J’imagine déjà Justin y envoyer des casques bleus.

      Moi je dis que ce sont les hyperboles qui détruisent le discours public et contribuent à l’émergence du populisme. Comparer l’Union Européenne à une dictature ou à l’URSS… ce sera quoi ensuite? La comparaison de l’ALENA à la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale? Ces comparaisons boiteuses et surtout exagérées ne font qu’envenimer le débat public en faisant perdre de la légitimité à ce dernier. Lorsqu’il n’y a plus de débat, que reste-t-il? L’émotion? L’agressivité? La violence? C’est une pente drôlement dangereuse.

      Merde, on peut être en désaccord avec un individu sans le diaboliser, sans lui dire qu’il est le pire salopard que la terre n’ait jamais portée.

      Cordialement!

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