La tyrannie des objets

4275950En Amérique, la demeure familiale moyenne contient 300 000 objets, du réfrigérateur à l’épingle à couches. Le citoyen moyen passera 153 heures de sa vie à tenter de retrouver des choses égarées, de la compagne évanouie de la chaussette esseulée jusqu’à la clé de voiture portée disparue. Et le même citoyen consacrera au cours de sa vie plus de 100 000 heures à son téléphone intelligent et autres gadgets assimilés.

Ces objets nous sont-ils dévoués ou est-ce nous qui sommes leurs esclaves? À un moment donné, la question se pose.

Qu’on se rassure.

Je ne livrerai pas ici de plaidoyer contre la décadente-société-occidentale-capitaliste-matérialiste-américaine-de-consommation. Des milliers d’intellectuels, artistes et journalistes, confits dans un abêtissant conformisme songé, le font déjà avec passion. Pas non plus de prêche en faveur de la simplicité volontaire. J’aime le confort, et même un certain niveau de luxe lorsque l’occasion se présente. Passer des heures à fabriquer moi-même mon anti-sudorifique (oui, j’ai bel et bien vu une recette  de d’sous d’bras quelque part!) me semble précisément relever de l’esclavage aux objets.

Non, le point de vue est autre. C’est celui-ci. La ressource la plus précieuse dont nous disposons est le temps. Même l’argent n’est en réalité que du temps <en conserve>: la majorité des gens passent chaque semaine 40, ou 50, ou 60 heures à se procurer des sous.

Vu sous cet angle, l’achat d’une petite voiture, par exemple, engloutit plus ou moins 1000 heures de la vie du salarié moyen. Et cela n’inclut pas le temps (ou l’argent, c’est la même chose) consacré aux frais et tâches associés à la voiture, assurances, carburant, stationnement, entretien. Faites votre propre calcul, en unités de temps et non d’argent, en tenant compte de vos revenus, de votre lieu d’habitation et de votre mode de vie. Posséder une automobile vous apparaît-il alors comme une utilité ou comme un fardeau? Votre voiture est-elle votre esclave ou êtes-vous l’esclave de votre voiture?

Celle-ci est un gros objet. Mais qu’en est-il des milliers de petits objets que chacun possède, qui sont presque tous d’utilité douteuse et qui engloutissent du temps, beaucoup de temps? Ils nous gâchent tout simplement la vie, dit en substance James Wallman, auteurscooter1 de Stuffocation, qu’on peut traduire par Suffoquer sous les choses (on peut en lire un extrait ici). Pour faire image, il décrit la surabondance d’objets comme une forme d’obésité non pas physique, mais matérielle -il faut rappeler ici que les deux tiers des Occidentaux ont un surplus de poids ou sont obèses…

Or, contrairement à ce qu’on entend toujours répéter, il se peut que la population devienne d’année en année de moins en moins matérialiste, comme le révèlent divers sondages. Surtout les jeunes et les plus instruits acquièrent une conscience croissante du caractère nocif de l’accumulation irrationnelle d’objets. Les livres publiés sur le sujet sont nombreux et atteignent régulièrement les listes de best-sellers. En 2014, les deux tiers des Américains (pourtant peu réputés être des ascètes!) disaient croire que <la majorité d’entre nous vivrions plus heureux une fois débarrassés de la plupart des objets que nous possédons> (Wallman).

Regardez autour de vous. Lesquels des objets que vous voyez vous apportent-ils joie et bonheur? Lesquels ne font que vous stresser et dilapider votre capital-temps, votre bien le plus précieux?…

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