Trudeau 2.0 : une autre fausse bonne idée

Desjardins

par Francis Desjardins

Il est parfois difficile de distinguer ce qui semble une bonne idée de ce qui ne l’est pas. Prenez cet exemple. Il est de tradition au Canada, lors d’élections, que le perdant suggère une réforme du mode de scrutin actuel par l’ajout d’un volet proportionnel. Il est tout aussi de tradition que, lorsque ce même parti prend le pouvoir, il oublie momentanément cette promesse.

OTTK102-FedExln+Liberals+20Or, ce n’est plus le cas depuis l’élection du Trudeau 2.0.

Le Parti libéral du Canada a proposé avant la campagne électorale de l’automne dernier que celle-ci serait la dernière opérant avec le mode de scrutin actuel. Jusque-là, rien de nouveau sous le sapin, rappelons-nous seulement des sondages de l’été 2015 où le PLC était loin derrière le NPD et des conservateurs. La nouveauté vient du fait qu’il a conservé cet engagement après sa victoire. Rendons à Justin ce qui appartient à Justin…

Oublions que personne à ce jour ne sait qu’elle forme exacte de scrutin Justin a en tête et concentrons-nous sur l’idée générale de la proportionnelle.

Cela semble a priori être une bonne idée d’intégrer un volet proportionnel à notre système électoral. On avait parlé – enfin, certains avaient parlé- de <déficit démocratique> pour les élections de 2011 où le parti conservateur avait pu former un gouvernement majoritaire avec 39% des votes. On s’écriait dans le <seul journal indépendant québécois>, mais ils étaient loin d’être seuls, que cela n’avait aucun bon sens qu’un parti puisse gouverner lorsque 61% des votes  l’avaient rejeté. On disait qu’un changement au mode de scrutin avec l’ajout d’un volet proportionnel augmenterait la représentativité des divers courants idéologiques actuels, tout comme le vote chez les jeunes.

Comment être contre cela? Comment être contre la tarte aux pommes?  Et bien, voilà, je n’aime pas la tarte aux pommes.

Quand je fais le décompte des avantages et inconvénients de la modification du système actuel, je me dis que, même si notre système n’est pas parfait, il offre des avantages incontournables. Le premier étant la stabilité. Je sais, la stabilité, ca n’est pas aussi sexy qu’un selfie de Justin mais c’est tout de même fichtrement important pour un pays. La conséquence numéro un de l’ajout d’un volet proportionnel serait l’entrée au parlement de tiers partis et la formation continuelle de gouvernements de coalition. Or, le problème avec les gouvernements de coalition, c’est qu’on n’a aucune garantie qu’ils vont finir leur mandat. La coalition peut voler en éclat pour un oui ou un non. Les coalitions représentent aussi un compromis pour lequel personne n’a voté.

Le deuxième inconvénient, probablement le plus important, c’est l’entrée dans le spectre politique canadien de tiers partis souvent plus radicaux que nos partis actuels. C’est ne sont pas les partis, souvent centristes, avec le plus de sièges qui détiennent la balance du pouvoir mais les plus petits, ceux qui ont souvent moins de 10% des votes mais  font la différence entre coalition et opposition. Leur soutien est toujours bien négocié.

Imaginez les conditions de Québec solidaire détenant la balance du pouvoir! Vous pouvez aussi aller voir comment ca se passe dans un système de proportionnelle pure comme en Israël.

Alors, je vous fais une gageure, même si en temps normal je m’interdis même un 25 cents sur le Canadien : l’ajout d’un volet proportionnel ferait élire de nouveaux partis de niche. Il n’est pas impensable que cela entraine l’apparition au parlement de partis similaires au Front national, à Aube Dorée ou à Syriza.

Le selfie avec Justin commence à ressembler de plus en plus avec un selfie avec votre vieille tante qui a abusé du bon vin. Moins sexy tout d’un coup.

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6 réflexions au sujet de « Trudeau 2.0 : une autre fausse bonne idée »

  1. La première « fausse bonne idée » fut l’élection de Trudeau dans un réflexe collectif ABH (« Anybody But Harper »).
    Je crois qu’on ne fait que commencer à le regretter!
    J’espère me tromper, mais …

  2. « On s’écriait dans le , mais ils étaient loin d’être seuls, que cela n’avait aucun bon sens qu’un parti puisse gouverner lorsque 61% des votes l’avaient rejeté. » Depuis, on oubli de nous répéter que Trudeau a été élu avec le même fameux 40%!

    1. Tout à fait! Ce rappel est devenu un peu plus secondaire, pour ces gens, maintenant que « Har-peur » est sorti! Mais, la droite n’est pas exempte de ce biais. Ca criait aussi lorsque la CAQ a obtenu 19 sièges aux élections de 2012 tout en obtenant 27.05% des votes comparativement aux 54 sièges avec 31.95% du PQ.

      N’empêche que le Trudeau 2.0 est actuellement sur une lune de miel au Québec. On verra comment cela se passera lorsqu’il refusera une demande québécoises. C’est plus facile de se faire aimer lorsqu’on a pas encore refusé aucune demande importante et qu’on juge secondaire l’équilibre du budget…

  3. The Economist vient de republier un excellent article de Karl Popper qui critique aussi la proportionnelle. Même si l’article date de 1988, les critiques de Popper, sûrement un des plus grands intellectuels du 20e siècle, sont toujours valides.

    Il mentionne lui aussi la menace que la minorité gouverne la majorité, comme dans mon exemple de Québec solidaire. Il croit aussi que les coalitions deviendront inévitables. Il ajoute cependant un excellent point sur le risque de voter pour un parti plutôt qu’une personne.

    Dans le cas d’une proportionnelle, étant donné que nous votons pour un parti plutôt qu’une personne, c’est le parti qui nomme son représentant et non le peuple. On doit alors se demander à qui sera loyal ce nouveau « député », le parti qui vient de le nommer ou le peuple? On se pose déjà souvent cette question alors que c’est le peuple qui élit ses députés. Imaginez si c’était le parti. Pour Popper, sa loyauté sera envers son parti et il ne pourra jamais voter contre lui. Il deviendra qu’une machine à voter pour son parti.

    Popper décrit ainsi, beaucoup plus profondément que moi, les inconvénients d’un mode de scrutin proportionnel à quoi il ajoute une défense du bipartisme.

    Donc, à lire pour ceux que ca intéresse: http://econ.st/20xsJuh

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