Les moumouneries

20151026-122022-aAu cours du week-end, je suis tombé sur un titre qui m’a scié: <Ne subissez plus l’enfer du changement d’heure> ai-je lu sur le web. Puis un autre titre qui m’a achevé: <Quatre trucs pour survivre au changement d’heure>. Ciel! A-t-on vécu dans la nuit de samedi à dimanche les 60 minutes les plus dangereuses de l’Histoire? A-t-on vu le lendemain des amoncellements de cadavres dans les rues de Montréal?

Heureusement, ai-je appris ensuite,  un fabricant propose des lunettes de… survie au changement d’heure, lesquelles projettent dans les yeux un rayon vert apparemment salvateur (photo ci-contre). Elles coûtent… 300 dollars!

Voilà en condensé ce que sont devenues nos sociétés. Riches à craquer. Moumounes * à pleurer.

Nous, Occidentaux, nous inventons des drames futiles pour tenter désespérément d’accéder au statut convoité de victimes. Et ce, pour l’excellente raison que des drames, des vrais, nous n’en avons pas. Ou si peu. Les Syriens, eux, ont le droit légitime de parler de l'<enfer> qu’ils vivent et des <trucs> qu’ils trouvent éventuellement pour échapper à la mort. Nous n’avons certainement pas ce droit lorsqu’il est question de changement d’heure.

Mais il y a mieux. Ou pire.

Toilet paper holder on white wall with an empty roll of paper

La semaine dernière, une controverse sur le papier de toilette a éclaté à Toronto, a rapporté la Presse canadienne. Des étudiants de l’Université Ryerson ont en effet dénoncé un <système à deux vitesses> qui perpétue une criante injustice: les bureaux du président et de l’administration ont droit à du papier de toilette à double épaisseur alors que les étudiants doivent se contenter d’une seule épaisseur. La chose est apparue suffisamment grave pour qu’au moins trois autres universités ontariennes sentent le besoin d’informer les leaders étudiants que, chez elles, la distribution du papier hygiénique est rigoureusement égalitaire.

A-t-on craint que, à l’image de ce qui s’est passé au Québec lors du printemps érable, les étudiants ontariens prennent la rue en épinglant à leurs vêtements des petits carrés de couleur (je n’ose imaginer laquelle)?

Au fait, est-ce un hasard si les institutions de haut savoir sont devenus des temples de la moumounerie (et, accessoirement, les bastions d’une lutte acharnée contre la liberté d’expression)?

chaton-pure-Pure-Race-Males-et-Femelles-id16454b1Ainsi, plusieurs universités américaines mettent dorénavant à la disposition des étudiants des espaces sécuritaires (safe space) où ils peuvent se mettre à l’abri. À l’abri de quoi? D’une attaque nucléaire? D’un tireur fou? D’un engin explosif improvisé? Non. À l’abri des micro-agressions ** que constituent les discours ou commentaires ou mots qui pourraient les troubler, pauvres petits étudiants sans défense! Selon le New York Times, l’une de ces universités a meublé son espace sécuritaire de jouets, de cahiers à colorier, de pâte à modeler, de couvertures et de coussins, de biscuits, de musique douce et d’écrans de télé diffusant des vidéos de chatons. Comme dans une garderie!

Voilà la bulle de laquelle sortiront les élites de demain, courageuses et vaillantes, instruites et cultivées, ouvertes aux débats.

*D’autres ont précisé ce point avant moi. Mais je tiens tout de même à rappeler, au cas où quelqu’un envisagerait de se sentir offensé et n’aurait pas de safe space à sa disposition, que les termes <moumoune> et <moumounerie> ne font pas référence à l’orientation sexuelle. Ils désignent une attitude qu’on peut retrouver partout sans égard au sexe, à la race, à la nationalité, à la religion, à la classe sociale, au niveau d’éducation ou, comme je l’ai dit, à la nature du désir amoureux de chacun.

**J’adore cette nouvelle expression: la <micro-agression>. Tout un programme! Et quelle formidable image, justement, de notre époque!

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11 réflexions au sujet de « Les moumouneries »

  1. Disons que le fait que l’éducation tente de juguler toute forme d’agression au lieu d’inculquer un estime de soi et une capacité de résilience ne doit pas être étranger à cette moumounerie. Tout est toujours de la responsabilité de l’agresseur et remettre en doute la présence d’une agression revient aujourd’hui à donner une part de blâme à la victime. On a érigé en lettre d’or la maxime qui dit qu’une victime n’est jamais responsable de son agression. On refuse toutefois de discuter sur ce qu’est une agression et une victime. Ainsi, on place dans le même bateau les agressions sexuelles, l’intimidation et les sensibilités culturelles.

    Quand j’ai lu votre texte ce matin, j’ai tout de suite eu en tête une scène de Die Hard 3 où John McClane (Bruce Willis) doit aller dans Harlem avec la pancarte « I hate niggers ». Dans un cas où il se ferait battre, serait-il une victime ou un coupable? S’il se fait battre, doit on oublier qu’il se baladait avec cette pancarte étant donné qu’il est victime et que la violence ne doit jamais être tolérée? Doit-on excuser ses agresseurs parce que la pancarte était dans le fonds très agressive et qu’il n’y avait pas une « safe space » à proximité?

    Notre société ne sait plus quoi faire avec l’agressivité. On est à un fait divers pour que nos médias nous pondent des articles sur la faute des jeux vidéos, des bagarres au hockey professionnel ou du ton qui règne à l’Assemblé nationale pendant la période des questions. Je suis un enfant des années 80, j’ai donc vu disparaître à peu prêt tous les dessins animés violent de la télé ainsi que les jeux « violents » style roi de la montagne pendant les récréations. Avec quels résultats? L’établissement de « safe space » dans les universités et une lutte pour le papier de toilette deux épaisseurs?

    En fait, c’est peut-être le monde occidental en entier qui est malade quant à son manque de résilience. Nous sommes toujours à un attentat prêt de voir tout chambouler notre mode de vie et nos politiques démocratiques et à quelques morts à l’étranger pour revoir une décision d’intervention internationale. Quelle tristesse que cette moumounerie.

      1. Ouais, dont celle de Volkswagen dont un des deux occupants de la voiture fait pipi dans son froc par ce qu’ils sont poursuivis par la police. Chiant de moumounreie à pleurer

  2. La moumounerie, ça pas un lien avec la société de plus en plus féminine dans laquelle nous vivons? Tsé genre a l’école t’as plus le droit d’être un vrai ti gars au risque d’être castré par les « maitresses »!

  3. e dis à mes neveux et nièces de ne pas être comme la queue du cheval : se faire brasser d’un bord à l’autre et ne décider de rien. Je dis soyez la tête, soyez celui qui décide de sa vie. Devenez des hommes et des femmes matures. Ne jouez pas les éternels adolescents. C’est une perte de temps précieux.

    Avez-vous vu ce soldat qui s’est présenté à « Tout le monde en parle » dimanche. En voilà un qui n’est pas tombé dans la moumounerie ambiante. Les bien-pensants du plateau en ont eu pour leur argent. Dommage qu’il ait choisi le nom de Wali. Quand on est fier de ce qu’on ait on porte notre nom bien haut. Notre nom dit qui on est, d’où on vient. Je suis français d’Amérique. Je porte un nom français, je suis de culture gréco-romaine. J’ai derrière moi des siècles d’une civilisation extraordinaire. Ça ne m’empêche pas d’aimer les autres, mais je suis fier d’être et mon nom le dit. Point final. Bon pour en revenir à cet homme, je lui lève mon chapeau très très haut. Honneur à toi le brave !

    http://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/2015-2016/segments/entrevue/3708/wali

  4. J’accuse Mario Roy d’être un micro-aggresseur!

    D’emblée vous dites « je suis tombé sur un titre qui m’a scié ». Il est clair que vous n’avez aucune empathie pour les gens qui se sont fait décapiter à la scie par des terroristes islamistes. Ou encore pour tous ces travailleurs qui se sont fait scier un doigt au travail. Clairement abject!

    Ensuite, il y a la photo du gars avec les lunettes, pourquoi fallait-il que ça soit un homme de race blanche? Ça fait très KKK…et c’est clairement de la discrimination envers les femmes asiatiques!

    Ces deux exemples ne sont que la pointe de l’asperge, je pourrais continuer encore longtemps.

    Votre blog n’est clairement pas un safe space!

    Quelqu’un connait le numéro de téléphone de Dominique Payette? J’aurais un contrat pour elle.

    Blague à part, je n’exagère même pas! Il faut écouter ceci:

    La commentatrice affirme qu’utiliser le terme hard worker ne devrait pas être utilisé parce que c’est offenssant pour les esclaves qui travaillaient dans les champs de coton il y a 200 ans.

  5. M. Roy, le sujet de votre article est vraiment dans l’air du temps.

    Scandale à Yale. (Yale!) La controverse est bien longue, mais en bref le campus fut viré à l’envers parce qu’un responsable a envoyé un courriel sur les déguisements d’Halloween (!) qui suggérait que des adultes majeurs et vaccinés sont capables de gérer leur choix de costume (!!) ou d’exprimer leur désapprobation de déguisements offensants (!!!) “If you don’t like a costume someone is wearing, look away, or tell them you are offended. Talk to each other. Free speech and the ability to tolerate offence are hallmarks of a free and open society,” Les responsables de propos aussi intolérables ont dûment été forcés de démissionner, après pétition et manifestation. Cf http://www.slate.com/blogs/the_slatest/2015/11/07/yale_students_protest_over_racial_insensitivity_and_free_speech.html pour tous les détails.

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