Des fleurs d’in cheveux… …fallait tu être niaiseux *

hippiesAu cœur de la campagne de Justin Trudeau, <on avait l’impression de se retrouver pendant les années 60 et 70>, écrit (dans La Presse) Jean-Herman Guay, professeur de sciences politiques à l’Université de Sherbrooke. Guay n’y voit aucune incongruité. Au contraire. Il célèbre cette sorte d’anachronisme en concluant: <On a bien le droit de rêver!>

Ce n’est pas un hasard si la première déclaration du premier ministre désigné a été de confirmer qu’il mettrait fin à la mission de combat des militaires canadiens contre l’État islamique. Que de beaux symboles sont ainsi évoqués! Soldats non combattants. Fleurs au bout du fusil. Tradition pacifiste du Canada. Peacekeeping. Lester B. Pearson, premier ministre de 1963 à 1968.

Le hic, c’est que la tradition pacifiste du Canada est une lubie (voir: guerre des Boers, Première guerre mondiale, Deuxième guerre mondiale, guerre de Corée). Et, surtout, qu’il n’y a plus nulle part de <paix à maintenir>. N’existent plus aujourd’hui que des paix à imposer. Et, hélas!, on n’y parvient jamais avec des salves de fleurs sorties de l’arsenal des bons sentiments.

li-justin-trudeau-social-meMais on a bien le droit de rêver, après tout.

Et que dire de l'<économie fondée sur le coeur> ** promise par Justin Trudeau? Lorsqu’il prêche ainsi, il ne lui manque qu’une chemise à fleurs et un pantalon à pattes d’éléphant! Une économie fondée sur l’amour, ça n’a jamais existé, ça n’existe pas et ça n’existera jamais. Depuis le jour où un homme des cavernes a troqué une épaule de mammouth désossée contre une oeuvre rupestre signée par sa voisine des cavernes, les règles fondamentales de l’économie sont en même temps invariables et suffisamment souples pour permettre la prospérité de sociétés très différentes. Aussi différentes (en termes d’égalité, de compassion, de réglementation, d’intervention de l’État) que celles du Danemark et des Etats-Unis. C’est dans ce vaste parc qu’il faut jouer, quelle que soit la <révolution> que l’on propose, révolution de l’amour ou révolution du prolétariat. Autrement, rien ne fonctionne.

slider-home-6000-Che-Guevara-military-beret-hatCertains n’aimeront pas ce petit rappel factuel, mais Woodstock (1969) fut aussi un gigantesque montage économique dont les produits dérivés sont encore sur le marché aujourd’hui. Et la photographie la plus commercialisée de tous les temps, croquée en 1960, fut et demeure celle de Che Guevara ***.

Reste qu’on a bien le droit de rêver, c’est sûr.

Quoi d’autre? Retour en force du multiculturalisme gnangnan et des déficits dévastateurs de Trudeau père? On verra. Je ne veux pas m’acharner sur Justin Trudeau. Des cinq chefs de parti ayant fait campagne, je préfère le voir, lui, s’installer dans le fauteuil du premier ministre du pays. Politiquement, il avait avant août 2015 un passé presque vierge. Il a manifesté un bel instinct pendant la campagne. Maintenant, en tant que chef de gouvernement, il a tout à prouver. Surtout que le principe de réalité ne l’épargnera pas, lui non plus…

En terminant, il m’est venu un petit sourire lorsque le chef libéral a promis de légaliser et encadrer <immédiatement>, comme si c’était une urgence nationale, le commerce de la marijuana. Quoi de plus Sixties! En principe, je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire. Ce serait sans doute utile pour faire goûter aux plus jeunes les subtilités des vieux classiques des années 60 et 70, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band et autres Dark Side of the Moon.

On a bien le droit de planer, n’est-ce pas?

* Tiré du Blues d’la métropole, une grande chanson de Pierre Huet (Beau Dommage) rappelant avec nostalgie (déjà en 1975!) les grands élans de naïveté de la décennie précédente, celle de l’amour… et de l’Expo.

** Citation exacte: <We can grow the economy not from the top down the way Mr. Harper wants to, but from the heart outwards>.

*** Le petit bloc commercial visible plus haut n’est pas un montage. Il existe bel et bien un Che Store (magasinez ici) dont le slogan fut pendant longtemps: <Pour tous vos besoins révolutionnaires>. Visa, MasterCard et PayPal acceptés.

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5 réflexions au sujet de « Des fleurs d’in cheveux… …fallait tu être niaiseux * »

  1. Au moins, y’a ça de bien, vous ne vous êtes pas étouffé dans votre rire et on a évité un tsunami de larmes. Pour poursuivre dans la dynamique « sixties »; na na na na, hey hey, goodbye!

  2. Le Canada n’est pas différent du Québec quant à sa vision du passé. Autant au Québec qu’au Canada, plusieurs croient que l’histoire a débuté en 1960 avec l’avènement de la génération boomer. Ce qui était avant était soit la « Grande noirceur » ou soit l’impérialisme britannique, tout dépendant de quel côté de la rivière Outaouais on se trouve. Les deux solitudes « progressistes » se retrouvent aujourd’hui quant à leur vision illuminée de ce qui a suivi. On a affaire à un groupe important d’une génération abreuvée à une certaine idéologie révolutionnaire qui s’est créé une mythologie en détruisant les symboles qu’il y avait avant elle. À en écouter certains, les boomers seraient ce qui est arrivé de mieux à la société occidentale depuis les Lumières. Ainsi, le Canada serait une nation profondément pacifiste, multiculturelle et progressiste. On tâche d’effacer le passé à coup de changement de nom de rues et de lieux. On dénonce les commémorations militaires en disant qu’elles font l’apologie du militarisme. On se surprend ensuite, lorsque ladite génération se retire, que ce modèle se fissure. On trouve barbares/ ignorants/ réactionnaires/ fascistes(why not?!) ceux qui remettent en question le pacifisme, le multiculturalisme et le progressisme sauce Chomsky/Klein/Krugman, car ce serait désormais eux qui désireraient détruire le grand passé du Canada.

    La même chose se passe dans notre vision du travail. On se dit que le travail était tellement mieux dans la période après la Seconde guerre et avant la mondialisation en faisant fi du fait qu’il se basait sur du travail uniforme, effectué par des travailleurs homogènes et de la faible présence des femmes et des immigrants.

    Ce n’est pas un réquisitoire contre la génération du baby-boom, ce serait idiot, mais bien contre la mythologie qui est s’y est associée et qui la dépasse désormais. Nous sommes mus dans un mouvement de société qui tente de protéger cette mythologie et cela dépasse largement la génération qui l’a créé.

    Au moins, pendant ce temps, mes actions de Canopy Growth ont beaucoup augmenté depuis 1 mois, j’ai donc de quoi me réjouir. Vive Justin! Vive le Trudeau 2.0!

  3. « Le hic, c’est que la tradition pacifiste du Canada est une lubie »

    Et un autre hic, c’est que le pacifisme ne règle pas grand chose. En fait, le pacifisme-à-l’eau-de-rose est un exemple frappant d’un défaut des gauchistes : ils sont tellement obnubilés par la sainteté de leurs intentions qu’ils sont totalement aveugle à l’inefficacité de leurs « solutions ».

    Ne pas connaître l’Histoire, c’est se condamner à la revivre, dit-on. Eh bien après la première guerre mondiale, la France et l’Angletterre ont été pacifiste jusqu’à l’os. Ces deux pays(surtout l’Angleterre), écoeurés par la Grande Guerre, ont décidés de montrer l’exemple en arrêtant d’investir dans l’armement militaire. Ils étaient animés de bonnes intentions, mais leur faiblesse fut le préalable à un des plus grands massacres de l’Histoire.

    Ceci dit, les hawks néo-conservateurs ne sont pas beaucoup mieux. Si les pacifistes ont tendance à voir des amis partout, les néo-con voient des ennemis partout. Les deux sont stupides à leur manière.

    Enfin, les Romains avaient une belle formule : Si vis pacem, para bellum(Si tu veux la paix, prépare la guerre!!!)

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