Nous n’avons plus qu’un seul principe, celui de n’en avoir aucun

niqabbbeJ’admire l’immigrante d’origine pakistanaise, Zunera Ishaq (photo), prête à remuer ciel et terre pour se présenter masquée à la cérémonie destinée à la faire bénéficier de la citoyenneté canadienne. Cette femme a des principes. Et elle n’entend pas y renoncer, peu importe les conséquences. Bravo. Il lui faut du courage. Vraiment.

Depuis 15 ans, les discussions les plus difficiles que j’ai eus avec des collègues, journalistes d’opinion, ont précisément porté sur cette question: les principes.

En tant que civilisation, en tant que société, quand devons-nous renoncer à nos principes fondamentaux pour plutôt consentir à des accommodements lorsque nous sommes confrontés à des revendications sans compromis possibles de la part de l’autre partie? L’autre partie qui, elle, défend ses principes bec et ongles!  En ces occasions, les (nombreux) collègues partisans de l’apaisement répondaient en général: qu’est-ce que ça peut faire, en pratique, de céder un tout petit peu ici et un tout petit peu là? Des périodes de piscine unisexe ou les fenêtres obscurcies d’un gymnase, pourquoi pas? Un local de prière dans une université ou un couteau apporté à l’école * , quelle importance? Et le droit pour une femme de se présenter masquée en public, qu’en est-il? Bof, ça concerne tellement peu d’entre elles, doit-on en faire tout un plat?

C’est la position qui prévaut aujourd’hui au sein des élites multiculturalistes occidentales: nous n’avons plus qu’un seul principe, celui de n’en avoir aucun.

Anything goes.

*        *        *

Vivre à visage découvert est un principe que la civilisation occidentale a développé au fil des siècles dans sa lente construction de sociétés ouvertes, respectueuses et paisibles dans la mesure du possible. Ce n’est pas un acquis insignifiant. Avec d’autres règles, il a participé à l’éclosion des droits (notamment des femmes), des libertés, de la tolérance, de la prospérité -toutes choses pour lesquelles, précisément, des étrangers viennent se réfugier ici!

Contrairement à ce qu’on a beaucoup plaidé, le masque islamique ne présente pas surtout un problème trivial d’identification. Non. L’affaire relève plutôt d’une question de principe, de sorte que le nombre, petit ou grand, de femmes masquées n’a pas d’importance. C’est un point que 93% des Québécois comprennent mieux que leurs élites politico-médiatiques, sans relâche occupées à pourfendre une islamophobie inexistante.

Quoi qu’il en soit,  voyons les motivations possibles d’une femme masquée.

Premier point. De deux choses l’une. Ou bien elle y est contrainte, vraisemblablement par des hommes de son entourage (père, frère, oncle, etc.) qui la menacent implicitement. Auquel cas la police doit intervenir. Ou bien elle y consent d’elle-même. Auquel cas nous passons au…

Deuxième point. Ou bien elle le fait par ferveur religieuse. Or, aucun livre sacré, pas même les textes islamiques, n’ordonne le port du masque pour les femmes. Ou bien elle le fait par tradition ethno-culturelle. Or, l’espèce humaine a aboli pour son plus grand bonheur nombre de ces traditions incompatibles avec la morale -sacrifices humains, esclavage, infériorité juridique de la femme, etc. Ou bien elle le fait par pudeur. Or, aucune des femmes les plus pudiques que l’Occident ait connues depuis 500 ans (les religieuses, par exemple) n’a senti le besoin de se couvrir le visage ** . Ou bien elle le fait par affirmation politique. Auquel cas nous passons au…

Troisième point. Le sens politique du niqab est, je pense, assez clair. Il marque par définition un refus, en tout ou partie, des valeurs fondamentales du pays d’accueil -ce qui est particulièrement fâcheux lors d’une cérémonie de citoyenneté! En outre, il affiche l’adhésion, en tout ou partie, au corpus de l’islam politique. Lequel, même dans ses versions les plus modérées (ne parlons pas des radicales, n’est-ce pas?), se trouve souvent en opposition avec les valeurs, le Droit, les droits et les libertés des démocraties libérales.

Voilà le véritable sens du débat sur le niqab, (presque) tout le monde l’a bien compris.

* Essayez d’amener votre bambin de 4 ans à la garderie avec un minuscule pistolet en plastique, vous allez voir ce que vous allez voir!

** Quiconque se promène un peu en ville a eu 1000 occasions de contempler des femmes portant hijab, par ailleurs soigneusement maquillées, vêtues de façon… hum… ajustée, perchées sur de fragiles talons hauts. Ce n’est évidemment pas un reproche. Ces femmes apparaissent souvent admirablement sûres d’elles-mêmes, de leur personnalité, de leur féminité et (qu’Allah me pardonne) de leur beauté.

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15 réflexions au sujet de « Nous n’avons plus qu’un seul principe, celui de n’en avoir aucun »

  1. Excellent!
    Pourtant, facile a comprendre,nous sommes un peuple ouvert a tous, mais on ne veut pas d’accomodements religieux , point, il me semble que c’est simple!
    Pourtant nos élites , diplomés en tout genres, ne suivent pas , cette affirmation des gens ordinaires!

    1. Il y a en effet une déconnexion entre nous le peuple et notre élite. Je suis abonné de La Presse. Je ne m’y reconnais plus. J’étais un fan de l’info de Radio-Canada, bof, maintenant il pourrait fermer la boîte que ça ne me dérangerait pas, je n’en peu plus du subir l’opinion de tous ces pédants ignorants.

      Je ne sais pas qui dirige vraiment notre pays. Il y a 20 ans une chose comme la burqua était absente de nos vies et de nos pensées. Aujourd’hui il y a un voile qui nous descend lentement sur les yeux. Notre élite pour sa part est déjà aveuglée, trop occupée, sans doute, à s’admirer le nombril.

      1. « un voile qui nous descend lentement sur les yeux », c’est joliment. Ce qu’aurait pu dire Churchill avec le même aplomb.

      2. Je suis comme vous. J’étais un défenseur de Radio-Can, maintenant c’est un tel conduit de propagande multiculturaliste que c’en est comme lire La Pravda. Un exemple: une manifestation pacifique contre la loi C-59, loi anti-liberté d’expression, s’est fait agresser par une bande de fiers-à-bras « antifascistes » et l’anti-émeute a dû demander aux manifestants de mettre fin à leur marche, incapable d’assurer leur sécurité. Le titre de l’article à Radio-Canada: une manifestation anti-musulmans tourne mal, et l’article est centré sur Pegida, alors que ça n’avait rien à voir.

        http://ici.radio-canada.ca/regions/montreal/2015/09/26/003-montreal-manifestation-pegida-emilie-gamelin.shtml

  2. Dans nos sociétés, ce qui est bien est que nous avons toujours le choix. Et certains choix excluent de facto d’autres possibilités. Par exemple on peut décider de ne pas avoir de permis de conduire, ce qui alors ne nous permet pas de conduire un véhicule. Ça va de soi pour tout le monde sauf pour certains. Par exemple on peut décider de porter un masque ce qui normalement ne devrait pas nous permettre de se déplacer en société ou de voter. C’est un choix personnel de ne pas voter si on ne peut enlever son masque. Mais ici pour une raison que j’ignore on accepte qu’une personne masque ou voile vote. C’est à n’y rien comprendre.

    Pour moi le débat ne devrait pas de porter ou pas le voile. Le débat devrait être que si tu désires le porter en tout temps en quoi cela te contraindra de vivre dans une société occidentale. Chacun choisi en fonction de ses besoins personnels tout en sachant que certaines contraintes viendra avec.

    1. C’est vrai, mais nous savons bien que dans ce cas-ci, le niqab, il y a autre chose en arrière qui fait que ces gens-là se foutent de nos « angoisses » quant aux choix : pour eux le choix n’existe tout simplement pas. En fait, sous le niqab il y a le hijab, et derrière le fameux voile il y a « ceux qui font peur » auxquels l’Europe est confrontés depuis plus longtemps que nous. Aussi il vaut la peine d’y jeter un regard attentif.
      Lectures récentes et en projet, deux livres de Malika Sorel-Sutter, Mille et une nuits, Fayard :
      • Le puzzle de l’intégration, 2007
      • Immigration-intégration : le langage de vérité, 2011
      Malika Sorel-Sutter est une Française d’origine algérienne.
      Nous sommes en train de tomber dans un piège dont il va être de plus en plus difficile de sortir, avec le temps qui passe.

      1. Tous savons que l’islamisme radical est un mouvement politique et non simplement une religion comme bien d’autres. Le problème est que pour contrer actuellement ce mouvement l’occident doit renier les principes même de liberté qui lui ont permis de devenir ce qu’elle est, un havre de liberté. Ce mouvement radical le sait et utilise ces lois pour grandir et éventuellement les abolir. Là se trouve la difficulté qui fait que nos élites ne savent quoi faire. Rien de bon ne pourra sortir de ce clash entre 2 cultures divergentes.

      2. tout à fait d’accord avec vous, je suis canadienne depuis peu, de source européenne, et je connais très bien les difficultés engendrées par la burka et le niqab. Ma famille (belge) a subi fréquemment les agressions commises par des musulmans intégristes. J’ai pourtant une amie turque, de confession musulmane, qui ne porte pas le voile et n’impose pas sa religion, Donc on ne doit pas faire d’amalgame. Il ne faut surtout pas tomber dans le piège qu’on nous tend en acceptant le port du niqab.

      3. C’est cette faiblesse inhérente aux démocraties où le débat est essentiel, ainsi que la peur soulevée par le souvenir des horreurs de la Grande Guerre, qu’Hitler a su exploiter entre 1933 et 1939. L’Angleterre et la France ont reculés jusqu’au point où ils se sont trouvés acculé à un mur et ont dû faire face à la réalité. Ce fut l’invasion de la Pologne, le 1er septembre 1939. Mais cette date n’était pas déterminée d’avance.

        Une fois rendu là, les démocraties ont dû mettre entre parenthèses certaines de nos libertés les plus précieuses – c’était le prix de l’aveuglement. Il semble, malheureusement, qu’il faille encore en passer par là. Nous sommes en face d’une nouvelle forme de guerre, où plutôt d’une mutation de la guerre subversive et elle n’est pas toujours simple à décoder, encore moins pour ceux qui refusent de voir ou qui voient le monde avec des verres déformants.

        La classe politique et médiatique a une grande responsabilité (ou irresponsabilité…) dans la situation actuelle. Elle ne semble pas plus à la hauteur que dans les années 1920-30. Elle est incapable de prendre du recul tellement elle est empêtrer dans un (des) carcan idéologique qui s’avère être un voile devant la réalité. Et puis il y a les petits intérêts partisans (comme aurait dit le Général de Gaulle)…

  3. Justin Trudeau a déclaré hier pendant le débat que face à une femme portant le niqab, il fallait lui tendre la main… Cette main, elle refusera de la saisir, mais l’hyper multiculticulturaliste Justin ne ne le sait sans doute pas. J’entends répéter depuis que cette affaire du niqab a surgi dans l’actualité que les enniqabées ne doivent pas être stigmatisées, mais plutôt secourues, «Nous ne les aiderons pas en leur refusant la citoyenneté canadienne», a répété à quelques reprises Thomas (ou Tom) Mulcair. Je me demande bien en quoi ces femmes ont besoin d’aide. Elles n’en demandent d’ailleurs pas. Ces femmes ne se cachent pas, elles s’exhibent. Elles ne se taisent pas, elles témoignent. Elles ne sont pas des victimes, mais des provocatrices. Imaginons qu’un individu aspirant à la citoyenneté canadienne se présente à la cérémonie d’assermentation en arborant sur son t-shirt une svastika. Que dirait messieurs Mulcair et messieurs Trudeau ? Que cet individu doit être aidé? Non! Ils déclareraient avec énergie que la svastika n’a pas sa lace dans la société canadienne. Mais quelle différence avec le niqab. Je n’en vois à peu près aucune. Svastika=nazisme (idéologie totalitaire hostile aux libertés individuelle et à la démocratie. Niqab= illamisme (idéologie totalitaire hostile aux libertés individuelles et à la démocratie). Les porteurs de svastika sont peu nombreux qui demandent la citoyenneté canadienne. Les porteuses de niqab le sont tout autant. Peu importe! C’est une question de principe. Le niqab pasplus que la svastika n’a sa place au Canada, du moins ne l’ont-il pas dans une cérémonie solennelle où quelqu’un est admis dans la famille canadienne. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il faut faire une exception pour la femme qui porte VOLONTAIREMENT le niqab. Comment réagirions-nous face à un débile mental qui porterait VOLONTAIREMENT la svastika. Nous dirions qu’il aggrave son cas. telle est la réalité dans le cas du niqab.

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