Itinérance: belles âmes et mensonges éhontés

www_-_aasmm_-_com_1300_732_50_s_c1_center_center_0_0_1Non, il n’y a pas 30 000 itinérants à Montréal. Évidemment. Les militants auto-assignés à la cause et les cœurs saignants des grands médias vous ont trompés avec cette fausse statistique pendant deux décennies et ils devraient s’excuser publiquement.

Selon la plus récente étude officielle, l’étude Coderre, il y en aurait 3016, soit 10 fois moins. Mais, dans la vraie vie, ce n’est probablement pas vrai non plus. Des sans-abris réguliers, chroniques, véritablement réduits à ce mode de vie, il y en aurait un millier tout au plus, selon des gens qui connaissent bien le dossier (voir ici). C’est 30 fois moins. Et je vais être franc: j’ai toujours cru qu’il n’y en a pas vraiment 1000 non plus, comme je l’ai jadis écrit dans plusieurs éditoriaux sur le sujet.

Vous voulez d’autres statistiques fort intéressantes?

Un. Il y aurait à peu près le même nombre d’itinérants à New York (3357) qu’à Montréal (3016) pour une population 10 fois supérieure: vous ne voyez pas ici un petit problème?

Deux. À Montréal, 34 établissements offrent chaque soir 1100 lits aux itinérants. Or, le taux d’occupation est de… 80%. Et ceux qui travaillent vraiment avec les itinérants sur le terrain (et non pas ceux qui font du lobbying en leur nom dans les salles de rédaction…) se tuent à dire qu’il y a toujours de la place pour les sans-abris qui veulent dormir au chaud: personne n’est jamais refusé.

Trois. Il y a quelques années,  un organisme français avait inclus dans ses chiffres sur l’itinérance les 2,1 millions de personnes se trouvant chez elles « en privation de confort ». Ciel! C’est peut-être fâcheux, mais ça n’équivaut certainement pas à dormir sous les ponts! Néanmoins, c’était devenu une statistique officielle, répétée ad nauseam dans les médias français, aussi crédules que les nôtres…

Il est tellement facile de triturer des chiffres, de les utiliser pour jouer les belles âmes, d’en faire des armes pour accabler le <système néolibéral> et faire du bullying à l’endroit du cochon de payant.

                                                                                *        *        *

Est-ce à dire que tout va bien, que la majorité des habitants de la rue sont satisfaits de leur sort et que nous n’avons pas à faire quoi que ce soit?

Bien sûr que non. Et de fait, nous en faisons déjà beaucoup. De considérables ressources humaines et financières existent déjà. Sans parler de celles administrées directement par l’État, j’avais compté en 2012 quelque 93 groupes populaires à Montréal, et 280 au Québec, s’occupant d’itinérance! Ce n’est pas peu!

J’ai toujours cru que ce qui empêche de faire plus et mieux, ce sont les mensonges colportés sur le sujet. C’est le <romantisme du clochard> hérité de la fable du bon quêteux des Belles Histoires des pays d’en haut… une fable à l’eau de rose doublée de l’habituelle rectitude politique de cette sorte de gauche gnangnan dont nous sommes gratifiés.

Alors, cure de réalité, s’il vous plaît.

Il y a peu d’itinérants à Montréal. Ils ne sont pas tous dans la rue pour les mêmes raisons. Oui, la maladie mentale est un facteur prédominant; oui, il y a bel et bien un phénomène d’itinérance-jeunesse, surtout en été, gonflé par le <tourisme>; oui, il y a évidemment une itinérance directement causée par la pauvreté. Les trois ne se traitent pas de la même façon et il faut bien les identifier. Et les chiffrer.

Maintenant, attachez votre tuque avec de la broche: au cours des prochains jours, vous pouvez être sûrs que les menteries vont revenir en force de la part de cette sorte de gens perpétuellement indignés.

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10 réflexions au sujet de « Itinérance: belles âmes et mensonges éhontés »

  1. Mais c’est tellement plus facile « d’épouser » une cause que de chercher à en comprendre vraiment la portée, de même que les tenants et aboutissants…

  2. Tres bon comme article. Je reviens d’un voyage de 4 jrs a Boston et je te confirmes avoir vu très peu d’itinérants. Idem quand je suis aller a NY l’année dernière. Je dis pas qu’il n’y en a pas mais peu pour des grosses villes de la sorte. Fait que la bullshit habituelle des quêteux de subventions a Mtl peuvent aller se rhabiller avec leur 30,000 itinérants.

  3. Haha! Ça me fait penser à ces postulants à l’émission « Dans l’oeuil du dragon » qui prétendent que leur marché est 10 fois supérieur à ce qu’il est réellement afin d’aguicher les dragons et leur cash.

    Entk, il y a vraiment une business de la compassion et ces gens n’hésitent pas à abuser de la sentimentalité du peuple afin de se faire ouvrir les portes du coffre-fort public.

  4. La pauvreté est tellement un concept flou. J’ai lu l’année dernière un rapport de l’OCDE sur les travailleurs « pauvres ». La première partie du rapport (environ le 1/5 de mémoire) consiste à retenir une définition parmi plusieurs. Pour certains pays, on est pauvre quand on gagne moins que la moitié du revenu médian de la population. Dans d’autres, on est pauvre quand notre revenu n’est pas suffisant pour se payer un panier de biens établis et ajusté à l’inflation. Pour d’autres encore, on l’est quand le revenu au niveau du ménage n’assure pas des conditions de vie jugée adéquates dans le pays de résidence.

    Il y a donc plusieurs définitions dépendant des pays et il est difficile de les comparer. Mais la complexité ne s’arrête pas là. Des commentateurs peuvent aussi avoir leur propre définition, je me rappelle d’une chronique de votre ex-collègue Foglia qui jugeait que la culture faisait partie des « biens essentiels » à octroyer aux démunis. Sa plume extraordinaire défendait bien son opinion, reste que tout un chacun peut ajouter ce qu’il juge essentiel dans la vie d’un individu et dire qu’il est pauvre s’il n’a pas les moyens de l’acquérir et que cela est intolérable.

    C’est certains qu’il y a une quête de sens pour plusieurs personnes. On se bat contre la pauvreté, mais dans le fond on manque souvent de nuances et on finit par se battre contre la richesse. On voit cela dans certains quartiers de Montréal où on se bat contre la « gentrification ». On se bat contre les beaux cafés, les bons restaurants, les nouveaux pubs. C’est une sorte de vieux fond catholique mélangé à un fond communiste qui désire dénoncer puis abolir le beau au profit du « commun ». Tout devient une cause dans le grand combat contre l’ « élite ».

    Je ne voudrais pas frapper un clou déjà frappé dans ce blogue, mais ces mêmes personnes qui combattent l’élite accueille aussi à bras ouverts les Naomi Klein, Al Gore, David Suzuki, Noam Chomsky et autres. Ils sont toujours fier de pouvoir utiliser un article de Paul Krugman ou de Piketty et clamer que l’austérité n’a JAMAIS apporté AUCUN bons résultats. Cela ne sert à rien de les contredire ou d’apporter des nuances, ils n’ont souvent pas les bases économiques nécessaires pour pouvoir en discuter. Mais pourquoi avoir des bases quand on peut avoir une cause?! Pourquoi apporter des nuances quand on veut gagner SA cause?!

    1. Votre commentaire est une mine de petites et grandes vérités!
      Je retiendrai celles-ci:
      – L’ignorance des bases et du fonctionnement de l’économie depuis l`âge des cavernes (non, l’économie, ça ne date pas du capitalisme!) est une plaie universelle. À gauche, on se vante même de n’y rien connaître! Paresse, manque d’intelligence, prétention idéologique. L’actuelle tragédie grecque est largement commentée en fonction de ce néant intellectuel. Pour rigoler un peu, voir Hans Rosling sous l’onglet Têtes parlantes de mon site…
      – L’endroit où on situe le niveau de pauvreté en dit autant sur la richesse d’une société que sur la dimension des poches de pauvreté qu’elle contient. Un société où la gauche peut dire que la culture est un bien essentiel au même titre que l’air ou que l’eau est une société scandaleusement riche!
      – J’ai toujours prétendu que la droite déteste la pauvreté alors que la gauche déteste la richesse…
      Merci!

  5. À lire dans les médias les résultats – chiffrés – de certaines études, sondages, etc., j’ai souvent l’impression que la Magie des Grands Nombres est le nouveau Vaudou incantatoire qui permet, grâce aux manipulations adéquates, de créer du [prétendu] réel.

    Cela expliquerait-il la lutte autour du questionnaire lors du dernier recensement ? Pour les deux camps et dans les deux sens…

    Les sciences humaines et les lobbys qui en dépendent ont besoin de « chiffres magiques » pour se donner un air sérieux, c’est-à-dire scientifique, justement… À partir de quel pourcentage d’itinérance, de pauvreté, de violence « la » cause pourra-t-elle devenir « LA » Cause? Etc.

    « La post-modernité c’est ce qui reste de la modernité quand on a éteint les Lumières », « L’esprit de l’athéisme », André Comte-Sponville, p.57. Alors, dans ce cas, la Grande Noirceur ce serait aujourd’hui ?

      1. Hélas! Après la dite «Grande noirceur» d’avant 1960, nous avons eu droit à la «Nouvelle noirceur», petite ou grande [:-)], d’après 1960. À cet ombrage, j’ai malheureusement contribué dans ma folle et ignorante jeunesse! Nous sommes alors passé du curé catholique au curé marxiste, aujourd’hui dominant sous sa forme dite «culturelle» ou philosophique. Nous voici donc à l’ère des modeleurs de peuple. Vous n’aimez pas le vôtre? Donnez-vous en un autre, pardi! Utilisez l’école et l’immigration pour ce faire… Ce ne sont pas des enfants de cœur mais bel et bien des apprentis sorciers.

        Les partis politiques français parle de peuple de gauche (ou de droite) pour désigner leurs clientèles électorales, entre autres. Ce à quoi Georges Bernanos répondait déjà, en 1937 dans «Les Grands Cimetières sous la lune», qu’il n’existe qu’un seul peuple mais qu’il existe bel et bien une bourgeoisie de gauche et une bourgeoisie de droite. Je me demande si ces «bourgeoisies» n’ont pas finalement fusionnées ? (sans nous prévenir, il va de soi – mais s’en rende-t-elle compte elles-mêmes?)

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