Salir les héros, c’est amusant, n’est-ce pas?

seconde-guerre-mondialeEn 2015, et en particulier au cours de la période s’étendant du mois d’avril au mois de septembre, plusieurs événements, rappels  et commémorations nous ramènent à la Deuxième guerre mondiale qui s’est terminée il y a 70 ans. Du suicide d’Hitler (30 avril) aux bombes d’Hiroshima et de Nagasaki (6 et 9 août) en passant par la capitulation de l’Allemagne nazie (8 mai) et celle du Japon (2 septembre), il y a en effet beaucoup à se souvenir.

Le problème, c’est qu’on ne se souvient pas très bien. Qui connaît l’Histoire de nos jours, en effet, même dans ses grandes lignes?

Aujourd’hui, 70 ans plus tard, les modes tenaces de l’auto-détestation de l’Occident et du relativisme sont donc allées au bout de leur logique. Il n’est pas rare, ayant lu certaines publications ou conversé sur le sujet, d’en venir à se demander qui d’Hitler ou de Churchill était le véritable <bad guy>. À se demander si, tout compte fait, les Américains n’étaient pas les plus pourris de tous. À se demander si, au total, la vertu dans cette guerre ne se trouvait pas toute entière du côté de Staline!

J’ai déjà lu et/ou entendu que la guerre a été déclenchée par un complot de Washington (!). Que Winston Churchill fut le plus grand criminel de l’Histoire. Que les plus grandes horreurs ont été perpétrées par les Alliés en général (Dresde) et Washington en particulier (la bombe). Que, a contrario, les États-Unis n’ont à peu près rien fait dans cette guerre, laissant aux Soviétiques la tâche de vaincre les nazis et de se faire tuer par millions. Que le plan Marshall, qui a secouru une Europe qui s’était auto-détruite, ne fut qu’une  méprisable conspiration des Américains pour acheter un continent. Et j’en passe, et des meilleures…

On sent dans tout ça la volonté de salir la cause peut-être la plus juste de l’histoire des conflits armés, celle qui a motivé des nations, dont le Canada, à combattre la barbarie nazie. Ce combat demeure une fierté de notre civilisation.

Je ne referai pas ici l’histoire de cette guerre, bien entendu. La connaître relativement bien nécessite des années (et des milliers de pages) de lecture, la plupart du temps passionnante, heureusement.

Justement.

Je dévore en ce moment un bouquin sur l’événement qui a permis à Hitler de déclencher la guerre, d’abord en Pologne puis à l’Ouest. Il s’agit de The Devil’s Alliance, de l’historien britannique Roger Moorhouse (non traduit). L’auteur décrit la façon dont s’est forgé le pacte Hitler-Staline d’août 1939, suivi d’une seconde entente, un mois plus tard. La façon dont les deux dictateurs désormais alliés ont conjointement envahi la Pologne, à l’Ouest et à l’Est, gouvernant le peuple conquis avec la même brutalité meurtrière. La façon dont ils comptaient se partager une grande partie de l’Europe, l’URSS se servant tout de suite à deux mains dans les États baltes et en Finlande.

Bref, sans ce traité,  il est permis de croire que la Deuxième guerre mondiale n’aurait jamais eu lieu: il était impossible pour Hitler de se ruer à l’Ouest sans être protégé à l’Est. Et on sait dans quel bourbier se retrouvera Staline deux ans plus tard lorsque les nazis renieront brutalement l’entente…

Ce qui est particulier dans cette histoire, c’est que, depuis 75 ans, l’URSS et ses sympathisants en Occident auront réussi à faire oublier cette alliance déterminante. À faire oublier l’existence éphémère de cet empire du Mal bicéphale qui, si Hitler n’avait pas lui-même décidé d’y mettre fin, aurait certainement été impossible à vaincre, même par la gigantesque machine de guerre que les États-Unis ont bâtie, presque à partir de zéro, entre 1942 et 1945.

Imaginons ce que serait le monde aujourd’hui…

normandie-plages-debarquementPlus de 42 000 Canadiens sont morts pendant la Deuxième guerre mondiale. Par pitié, cessons de salir l’œuvre de morale et de courage à laquelle ils ont participé.

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21 réflexions au sujet de « Salir les héros, c’est amusant, n’est-ce pas? »

  1. Bon texte, Mario. Nous sommes dans une période où foisonnent les révisionnismes les plus délirants. Au lieu de chercher à comprendre les faits historiques dans leur contexte propre de l’époque, on leur applique des jugements a posteriori reposant sur des aveuglement idéologiques ou des parti-pris évidents. L’Histoire n’est jamais terminée, et son étude non plus. La connaître, c’est peut-être éviter de la répéter. Malheureusement, l’ignorance est confortable, en particulier l’ignorance de sa propre ignorance. La guerre de 1939-1945 fut un guerre « juste » et hélas nécessaire, Les « bons » et les « méchants » étaient clairement identifiés et chercher à nier cela aujourd’hui, c’est se réfugier dans son petit confort idéologique.

  2. Bravo M. Roy. Vous visez juste encore une fois. Comment ça fait que les imbéciles qui colportent ces idées « révisionnistes » soient si présent dans la tête des gens. Sont-ce les profs syndicaleux de cegep ? On jase là. Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je me souviens que mes profs de gegep colportaient ces idées. J’ai cru en ces idées très longtemps. Trop longtemps. J’ai maintenant mis une croix sur le relativisme moral, l’auto-culpabilité et les sornettes de justice-sociales-ne-favorisant-que-les-syndiqués-eux-mêmes . Depuis que j’en ai fini avec ça, j’ai l’impression d’être sorti d’un carcan idéologique. Je respire mieux, par contre je vois que le carcan est bien installé au cou de mes compatriotes 😉

  3. En tout respect, Monsieur Roy, je ne suis pas entièrement de votre avis sur ce sujet (ce qui est je l’avoue, sans doute la première fois depuis que je lis vos chroniques sur votre blogue).

    Oui la défaite de l’Allemagne nazie était nécessaire, mais n’oublions pas que l’URSS du temps de Staline était, en terme de mal, à mon avis pire que l’Allemagne nazie. Et nous nous sommes alliés à elle. Staline est probablement le plus grand meurtrier de tous les temps, et les victimes des goulags, sans vouloir minimiser celles des camps de concentration nazies, bien au contraire, ont été supérieures en nombres dans l’histoire (20 millions je crois). À bien des égards, pour avoir lu des biographies de Hitler et Staline et bien qu’il puisse être difficile, voire mal avisé, d’établir une telle hiérarchisation, il me semble que le régime stalinien atteignait des hauteurs stratosphériques en terme d’horreur et de cruauté mais surtout en nombre de morts et en nombre d’années sur lesquels il s’est étendu. Je ne dis pas que l’Allemagne nazie n’était pas une horreur en soi, mais en toute subjectivité les crimes et la cruauté de l’URSS du temps de Staline m’ont davantage marqué. Bien sûr, l’exposition médiatique aux crimes nazis, dans notre culture, est 100 fois plus importante pour des raisons évidentes (il ne faudrait pas rappeler que nous avons combattu aux côtés d’un empire maléfique).

    Il est aussi vrai, même si vous semblez déplorer cette affirmation, que les Russes ont infiniment plus souffert que les Alliés occidentaux durant cette guerre. Frappée au coeur de ses ressources industrielles et humaines, elle a été poussée au bord du gouffre par la Wermacht et la SS. Sa population a souffert terriblement de massacres, de famine, sans compter les exactions du régime stalinien lui-même envers les populations soviétiques, les purges, les exécutions de soldats, etc. Plus de 20 millions de citoyens soviétiques ont péri, et il est aussi vrai de dire que cette guerre a surtout été gagnée par les Russes, bien que l’apport de nos soldats canadiens et des Américains fut significatif. Bien entendu, dans l’Ouest, on préfère vanter nos héros et faire des films à leur gloire et c’est de bonne guerre. Mais si on parle strictement de l’histoire comme telle, je crois qu’il faut être réaliste et objectif et admettre l’apport bien supérieur de l’URSS dans ce conflit.

    Je ne suis peut-être pas de la même école que vous lorsque je lis l’histoire mais j’essaie d’y voir les faits et la réalité avant les tambours et la gloire à nos héros. On peut voir cette guerre comme étant celle du bien contre le mal, mais c’est raccourcir l’histoire. Ni les États-Unis, ni le Canada, ni l’URSS, n’ont fait la guerre pour délivrer les victimes des camps de concentration nazis; ils l’ont fait parce que leurs intérêts économiques et politiques étaient en jeu (et dans le cas de l’URSS, sa survie pure et simple). Ils ne l’ont pas fait pour lutter contre le mal; sinon, il aurait fallu être logique et combattre aussi l’URSS pour ses crimes abominables passés et présents. Si les Alliés ont déclaré la guerre à l’Allemagne suite à l’invasion polonaise « pour lutter contre le mal », pourquoi ne l’ont-ils pas fait aussi contre l’URSS qui au même moment a annexé la Pologne orientale? (puisque le pacte entre ces 2 puissances prévoyait le découpage de la Pologne et l’anéantissement politique de cette dernière) C’est simple, les motivations derrière l’entrée en guerre des nations n’a rien à voir avec la morale, mais plutôt avec les intérêts et je ne crois pas que le 2e guerre mondiale y fasse exception. Et n’oublions pas aussi l’entrée en guerre tardive des États-Unis déjà plus de 2 ans après le début du conflit en Europe.

    Soulignons aussi que Hitler lui-même était le pur produit du traité de Versailles, qui par esprit de vengeance a condamné l’Allemagne à des réparations astronomiques (pourtant était-elle davantage responsable de la première guerre mondiale que les Alliés??) pour ensuite engendrer un climat de désespoir insoutenable, ce qui a mené à l’élection d’un homme motivé par la haine et la vengeance.

    Je ne crois pas que ça soit relativiser que d’amener de tels faits; c’est plutôt montrer une histoire plus réaliste que ce que Hollywood ou nos minutes du Patrimoine veulent bien présenter. Ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire et il est également vrai que si les puissances ennemies avaient gagné la guerre, il y aurait de nombreux criminels de guerre alliés qui auraient subi un procès qu’ils n’ont jamais eu à subir en étant du côté des vainqueurs.

    1. Merci encore de votre intérêt!
      Il faudrait des pages et des pages pour répondre à votre commentaire. Je le ferai sur quelques points.
      – Staline est bel et bien le plus grand meurtrier de l’Histoire (on n’en sait pas suffisamment au sujet de Mao pour bien évaluer son legs en cette matière). Cependant, en 1939, il ne menaçait pas directement et immédiatement le reste de l’Europe. Et il n’a envahi la Pologne (par l’est) et assujetti les États baltes plus la Finlande que lorsque Hitler l’y a ‘autorisé’. Il est d’une lumineuse évidence qu’il fallait d’abord éliminer Hitler et accepter qu’une URSS attaquée par Hitler se joigne aux Alliés.
      – Le nombre de victimes soviétiques de ce conflit est largement une œuvre de Staline lui-même. Au milieu des années 30, il a fait exécuter la quasi-totalité des officiers de son armée, ce qui l’a laissée sans tête. Il a littéralement donné des armes à Hitler (matières premières, facilités d’entraînement des aviateurs, échange entre les services secrets, du temps pour se préparer) alors que lui-même, Staline, subjugué par le dictateur nazi, ne songeait à aucune préparation. Enfin, ses stratégies inspirées par la panique, lorsque Hitler s’est pointé, ont été bâties en fonction d’un total mépris pour la vie des pauvres Russes, victimes de ces stratégies de la terre brulée.
      – La guerre n’a été gagnée que parce que les Etats-Unis sont intervenus. Avant Pearl Harbour, ils finançaient et armaient déjà la Grande-Bretagne et l’URSS à coup de milliards, malgré le peu d’enthousiasme de la population. Ce non-interventionnisme populaire explique largement qu’ils ne soient pas intervenus physiquement avant 1942. Une bonne bio de Roosevelt dira fort bien ce que le président a vécu comme problèmes pendant ces années.
      – Pour Hitler, le traité de Versailles n’aura été qu’un prétexte. Avant le premier septembre 1939, c’est-à-dire avant de déclencher la guerre, Hitler avait déjà repris en main tous les pouvoirs politiques et économiques dont il avait besoin. Il était alors suffisamment riche pour rebâtir une gigantesque force armée en quelques mois! Bref, Versailles était déjà aux poubelles. C’est autre chose que Hitler voulait, c’est évident.
      – Dernier point, le plus important. Oui, la notion de morale est importante dans l’Histoire. Oui, dans un conflit, il y a généralement une des parties qui est plus morale que l’autre. Tout le monde agit par intérêt, c’est entendu, mais les intérêts ne sont pas tous égaux, quelle que soit la quantité de relativisme moral qu’on injecte dans l’équation (précisément ce que je dénonce dan mon blogue). L’Histoire ‘écrite par les vainqueurs’ est un faux et vieil argument, lié au relativisme lui aussi. Oui, il y a eu des héros dans cette guerre, des nations et des hommes, il y en a même eu dans ma famille.
      – La connaissance que chacun a de cette guerre peut ne pas venir d’Hollywood ou des minutes du Patrimoine, mais bien de dizaines d’historiens et auteurs que chacun peut avoir eu le bonheur de fréquenter.
      Merci encore.

      1. Comme ouvrage recent, l’excellent Second World war d’Anthony Beevor est à recommander pour amateur et expert de la 2e guerre. Tout comme le Fateful Choices: Ten Decisions That Changed the World, 1940-1941 de Ian Kershaw.

        Staline est le seul à avoir profiter de la guerre pour agrandir son territoire. Churchill aurait aimé utiliser les troupes restantes allemandes (dont 400k soldats juste en Norvège) pour reprendre l’Europe de l’est à l’Armée rouge. L’Allemagne pensait aussi pouvoir arriver à une paix partagé avec les alliés. Pour Churchill, il était impensable d’avoir fait la guerre pour la Pologne et que celle-ci soit la première sacrifiée. Les discussions à Téhéran et Yalta sont intéressantes à ce propos.

        Roosevelt était convaincu que l’URSS ne pouvait survivre une fois l’ennemi nazi vaincu du fait qu’elle était un mélange incohérent de nation. Il désirait surtout son adhésion à la future ONU et son entrée en guerre contre le Japon. Il a même dit devant Staline que les Forces américaines ne resteraient pas longtemps en Europe une fois l’Allemagne vaincu. Staline a utilisé les dissensions entre lui et Churchill à merveille dans ses négociations territoriales.

        Est-ce que l’URSS aurait pu vaincre seule l’Allemagne? Pas convaincu de cela. L’aide américaine et britannique ont été capitales tout comme l’invasion de l’Italie qui a forcé le déplacement de 37 divisions du front est vers l’Italie.

        Une chose intéressante et un peu tabou est le support des communistes français envers l’occupant allemand au début de la guerre quand le pacte Molotov-Ribbentrop fonctionnait toujours. Le PCF a longtemps porté allégeance à l’URSS avant la France. Elle est entrée dans la résistance, oh surprise, à partir de juin 41. L’impact de la capitulation de la France est un sujet intéressant à part entière. Ce sont en bonne partie équipé de véhicules saisis en France que l’opération Barbarossa a eu lieu.

        D’ailleurs, lorsqu’aujourd’hui, Poutine dit que la Crimée est Russe parce qu’elle est ukrainienne que depuis 1954, faudrait lui rappeler que l’enclave russe de Kaliningrad s’appelait Konigsberg avant 1945…

      2. Cet échange entre vous deux était des plus intéressants. Votre commentaire M.Roy est rempli de bon sens et d’intelligence, sans mépris pour l’autre point de vue. M. Boyer c’est montré pour sa part un méprisant en affirmant que nous, pauvre idiots que nous sommes, n’avons pour toutes sources d’information que les films hollywoodiens et les minutes du patrimoine. Un peu faible comme arguments. Désolant.

  4. Fort intéressant, M. Roy. Je constate que même si nous n’avons pas la même vision des choses, nous sommes visiblement tous les 2 passionnés par le sujet. Avez-vous suivi la série Apocalypse? Je suppose que oui. Série fascinante.

    Sans vouloir épiloguer sur le sujet, je reviens rapidement sur quelques points.

    D’une part, que Hitler ait voulu utiliser le traité de Versailles comme levier pour accomplir toute sa « mission » ne fait aucun doute. En effet, une fois le traité de Versailles jeté aux poubelles vers 1936, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Il a poursuivi en accomplissant point par point ce qu’il prévoyait dans Mein Kampf. Mais il n’en demeure pas moins que ce qui a créé Hitler, ce qui a engendré le terreau fertile qui a permis son arrivée au pouvoir, c’est le traité de Versailles. Ce traité, selon les termes même d’un sénateur américain qui a refusé de le signer (lorsque Wilson l’a présenté au congrès américain pour le faire ratifier) semait les germes d’une prochaine guerre encore plus dévastatrice. Propos prophétiques s’il en est.

    D’autre part, de façon plus générale, je reviens sur mon point fondamental: ce sont les intérêts économiques et politiques (et le politique est souvent dicté par l’économique) qui motivent les intentions belliqueuses. Le Royaume-Uni s’opposait à l’Allemagne nazie pour la même raison qu’il s’y opposait durant la 1re guerre mondiale, à savoir qu’il ne pouvait et ne voulait laisser une seule puissance dominer complètement l’Europe. non pas parce qu’elle avait pitié des victimes des atrocités nazies (comme je disais, si cela avait été le cas, elle aurait dû logiquement aussi s’opposer à l’URSS et lui faire la guerre), mais bien parce que pour maintenir son empire, elle doit diviser pour mieux régner. L’Allemagne, aussi bien dans la première qu la deuxième guerre, menaçait cet équilibre des puissances en Europe si cher au Royaume-Uni. C’est la même raison qui l’a poussé à faire la guerre à la Napoléon 100 ans plus tôt.

    Je sais que vous n’aimez pas l’expression « les gagnants écrivent l’histoire » mais je pense qu’ici c’est un incontournable. On peut y injecter une dose de moralité si on veut, et je ne dis pas qu’elle était inexistante, mais de là à en faire une cause fondamentale….

    Cela me fait penser à Lincoln et l’abolition de l’esclavage. Beaucoup de gens pensent que le contentieux principal autour de la guerre civile américaine était la « libération des Noirs ». Si autant de gens croient à ces sornettes c’est que le Nord, gagnant, a écrit l’histoire. Or, la simple lecture des faits historiques permet de constater que l’esclavage a été aboli seulement 2 ans après le début de la guerre de Sécession, et seulement dans le Sud!! Puisque Lincoln voulait se servir des esclaves noirs du Sud pour fomenter une rébellion et aider les forces unionistes. C’était une simple stratégie de guerre. D’autre part, Lincoln n’a jamais voulu faire des Noirs des citoyens américains à part entière et avait même envisagé de déporter les Noirs affranchis en Afrique. Même dans le Nord, jusqu’à la déclaration de 1863 affranchissant les Noirs (du Sud seulement), les abolitionnistes étaient considérés comme des extrémistes et le racisme était encore extrêmement dominant. Si le Sud avait gagné la guerre, on parlerait aujourd’hui d’une « 2e guerre d’indépendance », l’esclavage aurait fini par être aboli d’une manière ou d’une autre et Lincoln aurait été perçu comme un tyran. Comme quoi ce qui nous est présenté est bien souvent plus complexe et nuancé que ce qu’on nous révèle.

    PS: à Jika2, il n’y avait aucune intention de mépris dans mon commentaire et si vous en voyez une, je n’y peux rien. Je parle de minutes du patrimoine pour illustrer mon argument, tout comme M. Roy parle de relativisme pour illustrer le sien. Voilà tout, aucun mépris là-dedans.

    1. @ Pierre Marc Boyer:

      Vous avez à la fois tord et raison. La politique dont vous parlez concernant la Grande-Bretagne qui désirait éviter une Europe unifiée n’était plus en place dans les années 1930. Les intérêts économiques étaient du coté des appeasers conservateurs des gouvernements Baldwin et Chamberlain ( et les travailliste de McDonald auparavant). Ces derniers s’opposaient à toutes politiques de réarmement (et ont même mis en place le désarmement jusqu’à un certain point). Les services de renseignement britanniques étaient au fait du réarmement rapide de l’Allemagne et ils savaient que l’aviation allemandes allaient rapidement dépasser celle des Anglais. Les gouvernements britanniques préféraient les politiques pacifistes et certains croyaient même que Hitler pourrait être utile contre les Bolchéviques.

      Churchill était un des seuls en Angleterre à voir le danger allemand. Il trouvait lui aussi ignoble le Traité de Versailles mais voyait clair aux politiques expansionnistes d’Hitler. On le voyait cependant comme un rebut d’une autre époque, un va-t-en-guerre attaché à l’Empire. Churchill était convaincu que l’Angleterre devait s’armer pour dissuader Hitler. La population voulait la paix, la politique voulait le lui offrir. L’avenir a donné raison à Churchill, la politique lui a donné tord jusqu’au 1er septembre 1939.

      L’autre point où vous avez tord, c’est lorsque vous dites que l’Angleterre ne s’est pas opposé à l’URSS. Churchill s’est battu bec et ongle contre Staline et voulait continuer la guerre contre ce dernier. Il a proposé une multitude d’opération visant des débarquements en Europe du sud afin d’arriver en Europe de l’est avant les Soviétiques. Les Américains eux, tout comme les Russes pour des raisons évidentes, voulaient un débarquement en France. L’image de Churchill va-t-en-guerre revenait. Churchill ne s’est pas pointé aux funérailles de Roosevelt, ca peut vous indiquer les dissensions entre les deux hommes.

      Churchill a perdu ses élections en 1945. Il était épuisé, usé et malade. Les Anglais aimaient sa gouverne pendant la guerre mais la craignait durant la paix. Même les soldats ont voté contre lui. Ils avaient peur de revivre ce que leur prédécesseurs de la Première ont vécu à leur retour et ne voulaient plus de la société de classes britanniques. Les travaillistes de Atlee proposait des politiques keynésiennes, Churchill répondait que ces derniers voulaient mettre un régime socialiste qui dépendrait d’une forme de Gestapo. Pas très habile disons et il a perdu.

      1. Anecdotes intéressantes.
        Entre les deux guerres, Churchill avait conservé des contacts personnels dans tout l’appareil militaire, dans les services de renseignement ainsi que dans plusieurs pays, dont l’Allemagne. Il était souvent mieux renseigné que le gouvernement de Sa Majesté!
        Les relations entre Churchill et Roosevelt ont beaucoup de tenu de l’amour-haine politique, en effet. Chose sûre, Roosevelt, qui était à mon sens un grand homme, s’est tout de même complètement fourvoyé sur la personnalité de Staline… qu’il croyait être capable de contrôler, sinon de berner! Churchill, plus au fait de l’œuvre stalinienne et plus terre-à-terre, pressentait déjà le ‘rideau de fer’… (expression qu’il a d’ailleurs inventée lors d’une conférence donnée aux Etats-Unis après la guerre.

  5. D’ailleurs, je vous invite à regarder l’excellent mini-film produit par HBO en 2002 : The Gathering Storm basé sur les mémoires de Churchill sur les événements ayant mené à la guerre.

  6. J’avoue être tout à fait d’accord avec monsieur Boyer.

    Salir les héros ? Mais, monsieur Roy, les négationnistes de faits historiques les plus avérés existeront toujours. La plupart sont de mauvaise foi et ne changeront jamais d’avis.

    Une guerre, et a fortiori une boucherie comme la seconde guerre mondiale comporte tant d’épisodes sanglants, de retournements, de bonnes et de mauvaises décisions stratégiques et de dilemmes. Même les Alliés n’en sont pas sortis moralement indemnes.

    Les citoyens et soldats de l’URSS sont tout de même ceux qui ont payé le plus fort prix dans cette guerre, largement à cause de l’incompétence criminelle de Staline. C’est rageant de savoir qu’aujourd’hui encore, beaucoup de Russes le considèrent comme le père de la victoire, alors qu’ils ont gagné malgré lui.

    J’ai parlé de dilemmes. On a déjà dit que Churchill savait d’avance pour Pearl Harbour, mais qu’il s’est tu parce que l’entrée en guerre des Américains était le seul espoir de l’Angleterre. Récemment, j’ai lu que Roosevelt avait été averti de l’attaque japonaise et qu’il a laissé faire pour que le peuple américain, hostile à la guerre, change enfin d’avis. Peut-être est-ce vrai, peut-être est-ce faux. Fascinant, en tout cas.

    1. Merci de votre intérêt!
      Trois petites remarques.
      Un, vous avez entièrement raison: d’une guerre, personne ne sort moralement indemne.
      Deux, les Russes ont terriblement souffert, en effet, largement à cause de Staline… qui, lui, a été le grand gagnant de cette guerre en élargissant son empire de façon spectaculaire.
      trois, personnellement et au meilleur de ma connaissance, je classe la connaissance préalable qu’aurait eu Roosevelt (vous y ajoutez Churchill) de l’attaque de Pearl Harbour parmi les Grands et Sombres Complots de l’Histoire. Avec la conspiration Kennedy, le faux alunissage et tout le tralala conspirationniste autour du 11 septembre.

    2. C’est fascinant seulement si c’est vrai, sinon c’est sans intérêt. Comme on ne peut rien prouver, on tombe vite dans le complotisme…

    3. Il semble, cependant, que l’espion russe Richard Sorge, entre autres avertissements, aurait communiqué au Kremlin la date (approximative ?) de l’opération Barbarossa (invasion de l’URSS par l’Allemagne).

      Staline demeura persuadé jusqu’au déclenchement de l’invasion que l’Allemagne ne l’attaquerait pas avant d’avoir vaincu l’Angleterre, d’autant plus que c’est l’URSS qui lui fournissait une grande partie des matières premières dont l’Allemagne avait besoin…

      Staline, avec sa paranoïa habituelle, était persuadé que ceux qui tentaient de le prévenir contre Hitler, étaient des traitres à la solde de l’Angleterre. Traitres qui cherchaient à entrainer prématurément l’URSS dans la guerre. Il en fit fusiller plusieurs. Un de ces petits détails imprévisibles de l’histoire…

  7. Staline, Mao, Hitler.. Tous ces hommes ont eu le pouvoir et ils ont fait des choix. Ils ne sont pas des victimes comme certains semblent vouloir leur donner ce rôle. Ils se sont nourris d’idéologies et sous prétexte de justice sociales ils ont conduit leurs peuples vers d’atroces misères.

    Les choix qu’ils ont fait étaient mauvais. Je juge l’arbre à ces fruits. Je juge que ces hommes ont été mauvais et que les hommes qu’on a arraché de leur terre paisible pour aller les combattre sont des héros.

    Est-ce qu’un jour on sera capable au Québec de célébrer nos héros ? En tous cas, il semble que l’image qu’on a des hommes à travers notre filmographie et nos pubs, on ne soit pas à la veuille. Nous aimons les perdants. C’est peut-être ce qui explique notre haine pour la réussite, des Zamaricains et de Hollywood . Je vous invite à visiter l’hôpital Juif de Montréal. Vous trouverez sur tous le bouts de mur des plaques commémoratives remerciant les membres de leur communauté. C’est tellement inspirant, ça donne envie de faire quelque chose de bien, d’être un peu un héros.

  8. Quand on a eu le privilège de visiter Auschwitz-Birkenau, on ne se demande pas qui étaient les bons et qui étaient les méchants. Et si on ne peut faire se voyage au coeur de la barbarie, on peut lire le livre de Michel Borwicz, Écrits des condamnés à mort sous l’occupation nazie.

    Et, quand on veut parler d’une des plus grandes tragédies de l’histoire humaine, mieux vaut considérer les faits que les fantasmes. À cet égard, le clivage n’est pas entre la gauche et la droite mais entre ceux qui veulent servir l’histoire et ceux qui veulent s’en servir.

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