Les vieux ados pathétiques

images1J3GGSS8Un soir de la semaine dernière, un petit groupe * de personnes armées de casseroles ont marché dans les rues du quartier Jean-Talon pour tenter de retrouver l’excitation du printemps 2012, ce printemps dit <érable> qui fut aussi celui des casseroles, les armes de la révolution… Mais on a bien vu que le cœur n’y est plus. Et la manif lilliputienne s’est déroulée dans l’indifférence générale.

Franchement, c’était pathétique.

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Je ne traiterai pas ici des étudiants de l’UQAM et des collégiens du Vieux. Encore moins des jeunes fantassins masqués amateurs de violence et d’intimidation.

C’est plutôt le rôle prédominant des adultes dans ce naufrage que je veux mettre en lumière. Le rôle de ceux qui seraient censés être sensés, avoir acquis des connaissances ** , avoir suffisamment mûri pour porter des jugements éclairés. Évidemment, on pense surtout ici aux universitaires et autres professionnels des mots dont le mandat social (et ce pour quoi ils sont payés!) consiste à dégager du sens, à propager le savoir, à juger en fonction du bien commun.

imagesLJKKK3TNOr, en ce printemps 2015, une bonne partie de cette élite intellectuelle a encore une fois failli à sa tâche de façon spectaculaire. Pour faire image, voyez ci-contre le face-à-face opposant professeurs et policiers dans les locaux de l’UQAM. Les premiers empêchaient alors les seconds de rétablir l’ordre dans l’institution maintes fois assaillie, vidée, vandalisée. Et ce, en extrayant des boules à mites un prêt-à-penser idéologique tout droit sorti des années 60 et 70. Ah! Mai 68, n’est-ce pas, chers vieux ados? Que d’émoustillants souvenirs ça évoque chez vous!…

Voyant cela, je me suis dit encore une fois que les intellectuels sont eux-mêmes leurs pires ennemis. Et que l’anti-intellectualisme qui se manifeste parfois au Québec doit beaucoup au conformisme moutonnier de cette sorte de Guevaras de la marchette qui, indifférents au ridicule, sont toujours prêts à justifier l’injustifiable pour redevenir jeunes par procuration.

Mais ne soyons pas injustes.

À ma courte honte, ce sont les médias qui portent la plus grande part de responsabilité dans la survie de la contestation <Fuck touttte!>. Et ce, de deux façons.

Un. Est en cause l’extraordinaire visibilité que les médias accordent à ces mouvements plus ou moins artificiels qui ont absolument besoin du regard des autres pour exister. Je te donne des images pour ton antenne 24/7, tu me donnes une trépidante existence politique et sociale! En fait, la situation est à ce point tordue que même en attaquant physiquement les représentants des médias ou en dénonçant la <brutalité médiatique> (comme ce fut le cas, hier, lors d’une courte manif au cœur du Plateau), on est certain d’obtenir… encore plus de couverture des médias!

Deux. La majorité des opiniateurs des grands médias soutiennent par automatisme autant que par pédanterie les <jeunes>, le <progrès>, la <dissidence>, les <rebelles>. Souvenez-vous. Au printemps 2012 tout comme au plus fort de l’éphémère vague Occupy de 2011, ces belles âmes ont envoyé paître les faits et la raison pour adopter un ton lyrique digne des images9ZO1ZQZObarricades de la Commune de Paris!

Que de niaiseries n’a-t-on pas lues en ces temps-là… et je parle de 2011 et de 2012, pas de 1871!

Des niaiseries d’autant plus pesantes avec le recul, que ces épisodes de folie ont laissé des héritages peu glorieux. Du Printemps érable de 2012, on retient surtout le vandalisme organisé, l’atmosphère de violence extrême, le déferlement de haine, l’agressivité juvénile, le sexisme décomplexé, la cheapisation irréversible des médias sociaux, la déconstruction rageuse du politique. Le party des <indignés> de l’Occupation de 2011, lui, s’est terminé dans un dépotoir à ciel ouvert où surnageaient les seringues et les capotes usagées, servant à tous les trafics et à tous les délits, envahi par la faune incertaine et vaguement effrayante évoluant entre itinérance et pure délinquance… à tel point qu’à la fin, ce sont les indignés eux-mêmes qui appelaient la police!

Il est significatif qu’en ce printemps 2015, les plus grandes et belles âmes des médias gardent peu ou prou le silence, peut-être un peu sonnées tout de même par la déconfiture des révolutions de 2011 et de 2012 qu’elles ont appuyées. Je parierais (mais je peux me tromper) que, cette fois-ci, pas un seul de ces prédicateurs n’osera halluciner aussi fort que jadis sur ces simulacres de révolution.

Comme pour les profs, le ridicule guette, là aussi.

_____

* Les médias ont parlé de 100 personnes. Connaissant leur enthousiasme en ces circonstances, il faut diviser par deux, ou trois, ou quatre. En réalité, il y avait donc entre 25 et 50 personnes dûment casserolisées ce soir-là.

** Je reviendrai dès cette semaine, probablement, sur le crépuscule de la connaissance. Non pas qu’elle soit moins abondante, c’est tout le contraire. Mais sur le fait qu’elle est de moins en moins reconnue et utilisée.

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6 réflexions au sujet de « Les vieux ados pathétiques »

  1. Magistral. Une vraie leçon d’écriture journalistique au diapason d’une analyse faite au scalpel des forces en présence. Vous vous êtes surpassé. Je m’incline, bravo.

  2. Oui, vous vous êtes surpassé ce matin, M. Roy. La métaphore du «Guevaras» en marchette pour parler des vieux profs nostalgiques de Mai 68 est une belle trouvaille, mais c’est la force de l’analyse qui fait la force de texte. Bravo!

  3. Wow ! un beau crochet du droit à cette pseudo gauche idiote.

    Avez vous écoutez Normand Baillargeon à la radio de Nuovo hier ? C’était d’une mauvaise foi…vraiment il me déçois le bonhomme. Je l’appelle le nouveau pontife. Comme le pape il nous sermonne ça le dimanche matin. Curieux quand même non ? Les syndiqués bien pensionnés l’écoute religieusement. Les vrais pauvres, ceux au noms de qui il prétend parler nous n’attendons rien de bon de lui excepter des crises qui nous rendront encore plus pauvres.

  4. J’ajouterais que le plus ridicule est que ces professeurs embourgeoisés gagnant plus de 100 000$ de l’année de l’UQÀM, du Vieux et autres, méprisent la société qui les a rendus confortables. Ces bo-bos du Plateau enseignent souvent dans des programmes à l’utilité douteuse pour la carrière des futurs finissants en ces domaines. La sociologie, la philosophie, l’anthropologie, l’histoire, l’histoire de l’art et autres arts plastiques produisent non seulement des futurs chômeurs à la tonne (contribuant ainsi à l’appauvrissement collectif) qui se retrouvent ainsi avec l’avenir bouché, mais de plus, constituent une véritable pépinière à contestataires subventionnés par cette classe moyenne qu’ils méprisent pourtant pour son « petit confort minable, son bungalow et sa piscine ».

    Je serais d’accord pour davantage de cours de cette nature (qui sont souvent passionnants, j’en conviens comme l’histoire par exemple) au secondaire et au Cégep, afin d’augmenter le niveau de culture générale au Québec (qui en aurait bien besoin), mais pourquoi permettre à des hordes d’étudiants perdus dans leur choix de carrière à 19-20 ans d’aller étudier 3,4,5 ans dans ces domaines qui les condamnent au chômage?? Qu’en pensez-vous M. Roy?

    De plus, comment peut-on tolérer que ces enseignants qu’on voit sur la photo gardent leur travail?? La loi oblige l’employé à un devoir de loyauté envers l’employeur. Mais non, on ne les renverra pas, on n’a peur des conséquences…

    2 autres questions pour vous M. Roy.

    Qu’entendez-vous par « sexisme décomplexé » dans le contexte du printemps érable? Envers les hommes ou les femmes?

    Aussi, ne pensez-vous pas que le mouvement Occupy Wall Street, avant que les amoureux de Noam Chomsky et la gauche radicale ne kidnappent ce mouvement, avait une certaine légitimité? Après ce que la cupidité des bonzes de Wall Street avait fait à l’Américain moyen, il me semble que le projet original était légitime, avant qu’il ne se transforme en cirque de la gauche radicale.

    1. Merci de votre intérêt, M. Boyer!
      Sexisme décomplexé: la façon dont on a ouvertement traité certaines femmes connues du public, avec des invectives qui auraient fait rougir les pires machos de la planète.
      Occupy: le méprisable capitalisme financier a ravagé les économies occidentales, en effet, surtout américaine. Mais on ne le combat pas en ouvrant des campings (immédiatement envahis par les utopistes fous et les criminels purs et simples).
      Les sciences molles: des sociologues (et autres philosophes et historiens), il en faut. Il s’agit de savoir combien! On ne peut pas entretenir au Québec 15000 spécialistes de Jacques Derrida! Un des problèmes est que ces sciences sont aussi les choix par défaut des étudiants qui ne savent vers quoi se diriger… et les sciences dures, ben, c’est trop dur…
      Merci encore!

  5. J’ai eu à peu près les mêmes réflexions, en 2012, en lisant les commentaires de professeurs d’université ou de cégep, de philosophie et de sociologie pour la plupart, sur le site du Devoir en particulier. S’ils n’avaient pas indiqué leurs titres professionnels, plusieurs auraient pu être confondus avec des étudiants un peu excités par leur rêve de messianisme social. Trop souvent, je n’y ai pas trouvé signe de la maturité de « maîtres » qui ont charge d’âmes, comme on aurait dit jadis. Pas de nuances, pas de modération. Mais des éloges, oh combien dithyrambique, sur la jeunesse qui a de si beaux rêves qu’on peut se douter qui les leur a mis dans la tête. Oubliant qu’entre rêve et réalité il y a un monde. Changer le monde, certes mais pas sans demander leur avis à tout un chacun – c’est ce qu’on appelle la démocratie – et pas sans procéder délicatement – c’est ce qu’on appelle la prudence, ce qu’on ignore trop souvent dans nos réformes tout azimut!

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