L’admirable dissidence marchandisée!

image003Je tiens l’auteur et professeur torontois Joseph Heath (photo) comme un des essayistes les plus brillants du pays. Il m’a séduit en 2004 avec son bouquin The Rebel Sell (en français: Révolte consommée) qui plaidait qu’être de gauche, de nos jours, consiste principalement à donner en spectacle son élévation morale et ses bons sentiments. Et ce, dans une société de consommation qui a parfaitement intégré cette dissidence auto-gratifiante et la revend au kilo avec de substantiels profits.

Chacun l’aura constaté: qui n’est pas <rebelle>, ou <dissident>, ou <indigné>, ou <insurgé>, ne peut pas avoir d’idées recevables… comme nous le rappellent chaque jour les grands médias, plus intéressés par les fables édifiantes, spécialité des rebelles, que par la plate réalité. Même Madonna a compris qu’elle devait obligatoirement prêcher la révolution… entre deux vols dans son jet privé.

Enfin bref.

Naomi-Klein-credit-Kourosh-KeshiriPourquoi je parle à nouveau de Heath, dont j’avais abondamment parlé aux lecteurs de La Presse à l’époque de Rebel Sell? À cause de Naomi Klein (photo), qui vient de compléter sa tournée montréalaise, évidemment accueillie comme une rock star par tous nos grands médias.

En 2004, donc, Joseph Heath avait assez bellement épinglé la dame alors devenue au Canada, avec son best-seller No Logo, la papesse de la bourgeoisie de gauche. Quatre livres plus tard (c’est la production de Klein depuis 2004), Heath ne l’a pas perdue de vue… Sur le web, il écrit aujourd’hui: <J’ai passé plusieurs années de ma vie à essayer de convaincre la gauche canadienne de ne plus écrire de livres du genre de ceux que Klein écrit. (…) Or, s’il y a une chose que j’ai apprise au cours de la dernière décennie, c’est que critiquer Naomi Klein, c’est comme critiquer J.K. Rowling (Harry Potter). Même si vous avez raison, rien de ce que vous dites ne changera la trajectoire de l’univers…>

La dame est inattaquable, en effet. Avec ses cinq bouquins, elle a bâti sa crédibilité en tant qu’anticapitaliste courageuse et désintéressée, posture qu’elle a consolidé dans la vraie vie de multiples façons. Notamment en prenant soin de se faire arrêter devant la Maison-Blanche lors d’une manif contre le pétrole, en compagnie d’un autochtone arrêté lui aussi. Police + manif + Maison-Blanche + hydrocarbures + autochtone: peut-on trouver plus parfaite illustration de sa grandeur d’âme et de sa profonde conviction?

Klein s’inscrit donc dans la longue liste des essayistes anticapitalistes contemporains et dit rigoureusement ce qu’il convient de dire lorsqu’on fait partie de cet aréopage (l’anticapitalisme supporte mal la nouveauté). Son dernier ouvrage This Changes Everything / Capitalism vs. The Climate s’inscrit bien sûr dans cette veine: à ce sujet, on lira Heath si on veut entrer dans le détail… et si on veut rigoler un peu lorsque l’auteur décrit la papesse <se déplaçant sans cesse tout autour de la planète, accourant sur les plus récents lieux de résistance pour y décrire l’héroïsme des protestataires, la brutalité de la police et la perfidie des grandes compagnies>! Que l’extraordinaire conformisme et le vide intellectuel profond de toute cette comédie ne saute pas aux yeux de tous m’étonnera toujours…

D’où le mot de la fin: je vous supplie à genoux de lire The Rebel Sell / Révolte consommée, de Joseph Heath.

Vous m’en remercierez.

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4 réflexions au sujet de « L’admirable dissidence marchandisée! »

  1. Merci pour la réflexion qui frappe dans le mille et pour la suggestion de lecture : je vais lire ce livre et cet auteur que je ne connaissais pas.

  2. Merci, je ne connaissais pas Joseph Heath mais j’ai ajouté son livre à ma wishlist amazon. J’aurais adoré voir quelqu’un comme lui répondre à Mme Klein à Tout le monde en parle au lieu de l’habituel grattage de dos. Malheureusement, si attaquer Mme Klein revient à attaquer Harry Potter, le risque est grand de ne plus voir son nom être prononcé…

  3. Comment s’en surprendre. Nous vivons à l’âge du «Branding» ! Politiciens, écrivains, journalistes, activistes, banquiers, chacun gère son image qui vaut en lingots beaucoup plus que mille mots. Ils deviennent des comédiens.

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