Wôôô! Surtout, ne faisons rien!

imagesSGQU5RAGIl y a quelques décennies, à l’époque de la Révolution tranquille, progresser consistait à faire quelque chose. À bâtir. À innover. À explorer la gamme des possibles. À bousculer l’appareil de l’État et le conservatisme du monde des affaires.

Depuis ce temps, on a heureusement mis un holà à cette néfaste agitation! Wôôô! Le slogan des audacieux, aujourd’hui, est : surtout, ne faisons rien!

Momifions-nous!

Se ranger du côté du progrès consiste dorénavant à se battre pour que rien n’arrive… quitte à mettre le Québec sens dessus dessous pour tuer dans l’oeuf toute velléité de bouger, toute tentative de s’écarter des sentiers battus. La mouvance la plus bruyante des faiseurs d’opinion mène des luttes conservatrices au sens premier du terme, c’est-à-dire : visant à garder en l’état les idées, les structures et les situations héritées du passé.

Car, bien entendu, l’affaire est d’abord perceptible au niveau des idées.

Quel est le thème politique à la mode en ce début de 2015? Le même qu’en 1975! Référendum-ArticleUn-Indépendance-ChansonEnFrançais-Drapeau-GensDuPéyi-MauditsAnglais. Et quel est le type de social-démocratie que la gauche-Plateau propose en ce début de 2015? La même qu’en 1975… et qui tient en une seule idée: faisons payer les riches. C’est-à-dire quiconque a une jobbine, une télé 32 pouces et un grille-pain à quatre places.

Quant à l’idée saugrenue de modifier la bureaucratie étatique en l’allégeant, il est préférable d’oublier ça. Depuis la mise en place du gouvernement Couillard, avez-vous entendu parler d’un seul -un seul- de ses projets de réforme qui ait été jugé correct, raisonnable, adéquat? Non. Pas un, pas le plus petit, modeste, lilliputien projet de changement! Pas même celui de couper modestement chez les cadres supérieurs du réseau de la santé, cette fourmilière de ronds-de-cuir qui n’ont jamais vu un malade de leur vie et offrent l’image même d’un cancer bureaucratique arrivé en phase terminale! Bref, surtout, ne faites rien, sinon on hurle, on menace et il n’est pas impossible qu’on casse des vitrines!

Bien entendu, cela vaut pour l’entreprise privée, la construction, l’innovation. whatever.

imagesTGSI7CG9Il y a dix ans, je m’étais stupidement mis en tête de noter au fur et à mesure les projets, petits ou grands, issus du public ou du privé, proposés au bon peuple puis abandonnés après avoir été crucifiés par des groupes de pression.

J’avais donc noté:

On ne voulait pas d’un port méthanier à Beaumont (aujourd’hui, c’est un port pétrolier à Cacouna qui passe à la guillotine). On ne voulait pas non plus de mini-centrales hydroélectriques sur l’une ou l’autre rivière. Ni de centrale thermique, cela va de soi. Ni de lignes de transmission, où que ce soit. Il était hors de question de démolir le hangar de Radio-Canada dans le port de Montréal. Il était prohibé de construire de nouveaux condos sur le Plateau. Ou d’ériger une Place de la France à Québec. Il ne fallait bâtir ni mausolée ni résidence pour étudiants sur le mont Royal. Ni de tunnel sous le fleuve, ni de nouveau pont vers la Rive-Sud, ni d’autoroute dans l’est de Montréal. Quelqu’un a posé des bombes pour empêcher la construction d’appartements dans Rosemont et Hochelaga-Maisonneuve. On a protesté, à Yamachiche, contre l’érection d’une nouvelle Caisse populaire. Et, à Gatineau, contre la construction d’un… trottoir!

C’est là que j’ai abandonné moi aussi mon projet: c’était devenu un travail à temps plein… Depuis ce temps, je ne suis plus du tout ému par les projets avortés, c’est-à-dire: tous les projets. Et, comme tout le monde, je lève dorénavant le poing en hurlant très fort: <Conservons les acquis!>

8 réflexions au sujet de « Wôôô! Surtout, ne faisons rien! »

  1. Ouais, Couillard reprend le flambeau de Bouchard. Il ne faut pas oublier que le déficit était une affaire régler avant que Charest ne prenne le pouvoir et nous replonge dans le déficit. Il a cédé sous la pression des syndicats et des groupes d’intérêts. Il n’y a que l’intérêt des pauvres qui n’est pas pris en compte.

  2. J’ajouterais que ceux qui parlent au nom des pauvres ne sont jamais des pauvres. Les Nadeau-Dubois de ce monde sont des privilégiés qui défendent les syndiqués emmitouflés, pas les vrais pauvres. J’ai connu la pauvreté. Je sais de quoi je parle. Les syndiqués ne sont jamais venus à mon aide. Au contraire, en s’accaparant de toutes les ressources ils ne reste rien pour nous aider quand on est en difficulté.

  3. Ré : « Depuis la mise en place du gouvernement Couillard, avez-vous entendu parler d’un seul -un seul- de ses projets de réforme qui ait été jugé correct, raisonnable, adéquat? Non. »
    Le problème, je soumets, est le gouvernement Couillard lui-même.
    Quant à moi je ne vois qu’une bande d’affairistes, sans éthique et sans morale. Couillard en tête. Et à voir les parcours et comportements des Barrette, Heurtel, Bolduc et cohorte, ce n’est guère plus reluisant.
    En ce qui concerne Couillard, en premier chef, quiconque déchire sa chemise sur la question des signes religieux au travail, tout en s’étant accommodé pendant de nombreuses années d’un des régimes les plus liberticides au monde pour de l’argent, n’a absolument aucune éthique ou souffre sévèrement de dissonance cognitive.
    Ce gouvernement me dirait « il pleut dehors » et je me sentirais forcé d’aller vérifier!
    Comment peut-on croire qu’ils ont le bien commun à cœur?
    On croyait avoir atteint le fonds du baril avec Charest. On s’était trompé!

  4. Mmm, moins fort, votre billet d’aujourd’hui, Monsieur Roy. D’abord parce que votre dénonciation de l’immobilisme n’apporte rien de neuf au débat. Ensuite, parce que certains de ces projets ont été abandonnés pour de bonnes raisons. Prenez le Mont-Royal, par exemple : je me méfie de tout projet qui y touche, parce que sous prétexte d’enlever « juste un petit bout » de la surface protégée, à force d’ajouter des petits bouts, le parc sera réduit à la grandeur d’un terrain de pétanque.

    De plus, cet immobilisme est grandement dû à la faiblesse de gouvernements assujettis aux sondages. Les protestations de groupes de pression n’ont rien de neuf. La tour Eiffel, aujourd’hui symbole de Paris, a fait l’objet de railleries lorsque ses plans ont été dévoilés. Quant à l’interdiction de l’alcool aux États-Unis, de 1919 à 1933, elle fut imposée sous la pression de groupes de tempérance.

    Comme quoi, en matière de groupes de pression, le Québec n’est pas un cas d’exception… même si je concède que le « nonisme » systématique y est actuellement une plaie.

    1. Un par un, beaucoup de projets peuvent certainement être critiqués. C’est l’accumulation effarante des victoires des croisés nonistes qui finit par faire problème, à mon avis.
      Merci de votre intérêt, madame Morgan!

      1. Mario vous avez touché a une corde sensible chez les québécois et à lire les quelques réponses nous en avons la preuve. Souvenez vous du déménagement du Casino et combien encore. Moi je dit souvent qu’il faudra un jour arrêter le développement au complet dans le but de protéger les mouche-à-merde car ils sont menacées de disparaître.

  5. Cher vous, un premier constat: la propension des québecquois a « chialer » sur tout ,de la météo au salaire des joueurs de hockey, j’ajouterais la « jouissance »des mêmes québecquois, a niveler par le bas, finalement à nos bons gouvernement a « gouverner » en mode actions/réactions.
    Donc, choisissons de prendre de la distance pour ne pas sombrer dans le pessimisme ambiant.

  6. Évidemment il y a ceux qui disent et diront toujours non… Mais le problème le plus criant n’est-il pas une panne de propositions ? Panne de réflexion des intellectuels ? Panne d’action de nos entrepreneurs ? Panne de pouvoir chez les politiques ? Panne d’imagination et de rigueur chez les journalistes ?

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