Les Âmâricains, quels pourris!

L-546-1Il y a 20 ans, je publiais un petit essai (220 pages) intitulé Pour en finir avec l’antiaméricanisme. Fait exceptionnel dans notre univers intellectuel, il jetait un regard globalement positif sur les Etats-Unis, leur culture et leur civilisation. Le livre a provoqué des hurlements du côté de l’opinion dite éclairée. Et je l’ai payé très cher. Mais la question n’est pas là.

En simplifiant à l’extrême, on peut résumer cet opuscule en trois idées. Un, cette civilisation est capable du meilleur et du pire. Deux, elle est la seule grande nation de l’Histoire à avoir développé l’autocritique au point d’atteindre l’autoflagellation. Trois, son bilan en (presque) toutes matières est globalement positif.

C’est évidemment choquant de rappeler une telle chose aujourd’hui, au lendemain des révélations sur les actes de torture pratiqués sur la CIA, des actes répugnants qui déshonorent l’Amérique.

Elles confirment ce que j’ai noté plusieurs fois, il n’y a pas si longtemps, dans des éditoriaux: la présidence de George W. Bush aura été la pire de l’histoire américaine. La folie de l’aventure irakienne; la formidable incompétence qu’on y a injectée; les mensonges qui l’ont accompagnée; les sommes astronomiques qu’on y a investi, détruisant ainsi les finances publiques; l’incapacité à mettre la main sur Oussama ben Laden; le mépris à l’endroit des nations alliées; l’indifférence face à la décomposition de la classe moyenne; le déni et l’arrogance comme système de gouvernement.  Et maintenant, la confirmation qu’on a autorisé et couvert la torture. Le compte est bon.

Mais je persiste et signe quant aux trois idées exprimées plus haut. Les Âmâricains sont, de fait, capables du pire. Les événements en cause ont été décrits, rendus publics et condamnés par une branche du gouvernement des États-Unis, le Sénat. Le bilan de cette civilisation sur le long terme, bien qu’écorché encore une fois, demeure positif.

Je n’ai pas le courage de reprendre ici un plaidoyer de 220 pages.

Juste une constatation. Il existe en ce monde un double standard. Attend-on (ou attendait-on) du gouvernement de Bachar al-Assad, des oligarchies soviétique puis poutinienne, de la France au moment de la guerre d’Algérie, de la Grande-Bretagne sous son régime impérial, de la Chine maoïste, de l’Inde des castes, ou encore de… l’État islamique qu’ils condamnent (ou aient condamné) leurs propres exactions? Bien sûr que non…

Aujourd’hui,  les médias sont remplis à ras bord de condamnations parfois presque hystériques des Etats-Unis. C’est bel et bon. Mais, avouez, c’est la tâche la plus facile au monde que de critiquer les Âmâricains: ils fournissent eux-mêmes toute l’information nécessaire! Dorénavant, j’attends des indigné(e)s de ce jour qu’ils montrent à l’avenir la même sévérité à l’endroit des autres nations et pouvoirs qui dérapent. Cependant, à la défense de ces belles âmes, je concède que c’est fichtrement plus difficile: il faut déterrer soi-même l’information -pas de la tarte. Et ce n’est pas vu de façon très positive dans les salons bien fréquentés.

J’attends, donc. Mais je ne retiens pas mon souffle. Pas envie d’étouffer.

13 réflexions au sujet de « Les Âmâricains, quels pourris! »

  1. Bonsoir monsieur Roy. je suis vraiment heureux d’avoir de vos nouvelles, même si c’est à propos d’un livre qui date de quelques années. J’espère que vous publierez bientôt un nouveau ouvrage. Vous avez laissé un vide énorme (et profond) à La Presse. Amicalement, Pierre K. malouf

  2. L’erreur est de ne voir dans les États-Unis qu’un pays, qu’une nation, alors qu’il s’agit d’un empire, différent de tous ceux l’ayant précédé, mais bien d’un empire. À part ça, avec l’incroyable richesse de ce pays (provenant du fait qu’il soit un empire), il est inévitable qu’il soit capable, non du meilleur comme du pire, mais du plus grandiose : Irak, Afghanistan, mais vous oubliez Viet Nam, Cuba et d’autres, machine culturelle monstrueuse, terribles inégalités, conflits raciaux, etc.

  3. En fait, je ne suis pas certain que l’invasion de l’irak était une folie, je crois que les vraies cause de la chasse à Saddam Hussein étaient légitime et contrairement à ce que croit la majorité de la population, ce n’était pas le pétrole, mais bien une guerre de devise par proxy avec l’Euro alors que Saddam se préparait a changer de devise d’échange pour l’Euro et ainsi ouvrir une brèche dans l’hégémonie du dollars américain comme devise d’échange et de référence internationale. En agissant ainsi, ils ont empêché Saddam et à moyen long terme l’OPEC de changer de devise pétrolière.

    Les américains savaient très bien que celui-ci préparaient cette échange et qu’il allait entraîner avec lui plusieurs pays arabes et asiatiques. Si cela s’était produit à l’époque, l’économie américaine et canadienne se serait effondré comme un jeu de carte et nous serions plus que l’ombre de nous même aujourd’hui.

  4. Je ne veux pas me vanter, mais il fait parti de ma bibliothèque, un bel ouvrage avec «le manifeste d’un salaud»! Mais par curiosité, lorsque vous dîtes avoir payé pour cet ouvrage, vous voulez dire, être éloigné des feux de la rampe?

  5. Les dogmes d’une gauche pratiquant l’aveuglement volontaire ont remplacés le petit catéchisme. Le péché mortel est aujourd’hui d’aimer les américains. Si vous voulez indigner un collégien parlez en faveur des USA et il vous fera une grosse baboune. Sans mots pour vous contredire sinon quelques clichés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s