L’intégrisme, l’émission Enquête, l’islamophilie (1)

sans-titreJ’ai une raison personnelle d’être mal à l’aise avec le catéchisme (!) islamiste. Vous souvenez-vous d’Ahmed Ressam (photo)? La chaîne publique PBS, toujours impeccable, a mis en ligne un reportage extrêmement fouillé sur lui. Algérien d’origine, ayant vécu à Montréal, il s’est fait arrêter en 1999 à la frontière américaine alors que, muni de nitroglycérine et de détonateurs, il s’en allait faire sauter l’aéroport de Los Angeles. Or, il utilisait un faux permis de conduire au nom de… Mario Roy. Depuis ce temps, traverser la frontière est pour moi une épreuve.

C’est anecdotique, évidemment, et pas très grave. Je vais plutôt causer aujourd’hui et samedi de l’islam, de l’islamisme, de l’islamophobie. Et surtout de l’islamophilie.

Un.

Être musulman n’est pas un trait de naissance, comme le sont la race ou la couleur de peau. C’est un choix personnel (sur lequel, une fois adulte, on peut théoriquement revenir s’il a été imposé par les parents). C’est le choix d’une idée parmi d’autres: toutes les religions sont des idées qu’on fait siennes ou pas. Comme toutes les idées, non seulement on peut, mais on a l’obligation de les critiquer. S’en abstenir revient à renier le concept de liberté d’expression.

Ce n’est pas agréable à rappeler, mais si tous nos médias se sont abstenus de publier les caricatures de Mahomet en 2005, c’était peut-être en partie pour ne pas offenser (offenser! Misère). Mais c’était surtout par peur des représailles. On a donc écrit des millions de mots sur des images qu’on n’osait pas montrer! Ça en dit long sur les médias. Mais, surtout, ça en dit long sur l’islamisme en tant qu’idée inscrite dans une perspective de violence: le fait est que l’épisode des caricatures danoises a fait plusieurs dizaines de morts dans le monde.

Deux.

L’islamophobie, courageusement et inlassablement dénoncée par les belles âmes, est un concept pratiquement sans objet réel. Année après année et sans exception, au Québec, au Canada et même aux États-Unis, les statistiques policières indiquent que les crimes haineux s’exercent surtout (et de très loin) contre les juifs, les Noirs et les gais. À Montréal, la plus violente expression de haine religieuse s’est manifestée en 2004 lorsque Sleiman el-Merhebi a mis le feu à une bibliothèque… juive.

Faisant de l’islamophobie un simili-racisme, le concept a été construit uniquement dans le but de bâillonner et de soumettre le <coupable>, sans procès, à la peine de la vindicte publique. Dans l’émission Enquête (télé de Radio-Canada) du 27 novembre, Montée de l’intégrisme: Lever le voile, c’est ce qu’on a fait à l’endroit du journaliste Richard Martineau ainsi que des sites Point de Bascule et Poste de veille. J’y reviendrai.

Trois.

Avant de passer à l’essentiel, posons un ordre de grandeur.

Dans la majorité des pays musulmans, la population (musulmane, j’insiste) est accablée au nom d’Allah par la mort, la torture, le pillage, la sujétion, le sexisme meurtrier, la misère. Là, règne vraiment l’islamophobie.

Mais allons tout juste de l’autre côté de l’Atlantique. En Grande-Bretagne (photo), en France, beheadaux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Suède, le choc des civilisations (car, finalement, ça en est un: Samuel Huntington avait raison) est réel et prend de l’ampleur. Pourquoi? On y a peut-être trop et pendant trop longtemps toléré l’intolérance. Trop laissé fleurir une idée intolérante sans la confronter. Une tolérance à sens unique, évidemment. Essayez, pour voir, de vous promener dans les rues de Londres avec une pancarte proclamant: <Égorgeons, massacrons, ceux qui insultent le christianisme>…

À ce jour, le Québec est relativement épargné par l’islamisme dans sa version violente. Je dis bien: relativement. Contemplez ici le dernier cas en lice. Ou référez-vous à cette liste des assassinats, attentats et complots, à partir de l’affaire Ressam jusqu’à celle du féminicide Mohammad Shafia, en 2009.

Quatre.

Cela nous mène à l’islamophilie.

Pourquoi, du plus humble scribe jusqu’au premier ministre, fait-on autant de cas d’une islamophobie qui n’a pratiquement pas d’existence réelle? Pourquoi présente-t-on toujours avec autant de sympathie les symboles, vêtements, rites et comportements liés  à l’islam… alors que tout ce qui a trait aux autres religions est continuellement vilipendé? Pourquoi cette sympathie s’étend-elle parfois à l’idée islamiste, jusqu’à couvrir les tueurs de l’État islamique (<On a presque tendance à les comprendre>, a-t-on lu récemment dans un quotidien montréalais)? Pourquoi, à chaque attentat, massacre, quasi-génocide perpétrés au nom d’Allah se trouve-t-il toujours quelqu’un pour affirmer contre toute évidence: ça n’a rien à voir avec l’islam? Pourquoi l’émission Enquête, d’habitude rigoureuse, n’a-t-elle délibérément présenté qu’un seul côté de la médaille, le 27 novembre dernier?

À LIRE SUR CE SITE, SAMEDI AM.

3 réflexions au sujet de « L’intégrisme, l’émission Enquête, l’islamophilie (1) »

  1. Excellents commentaires sur ce sujet quasi-tabou dans notre société. Il est toujours malheureux de voir un média comme RC prendre parti pour une cause en omettant les autres aspects de l’affaire.

    Le quatrième pouvoir devrait s’exercer de la façon la plus neutre possible mais enfin….

    Le code d’éthique des journalistes appliqué par le Conseil de presse n’est pas garant d’une plus grande probité de leur part quand les conséquences sont pour la plupart mineures et parce que l’organisme n’est pas soumis aux mêmes critères qu’un Ordre professionnel.

    Finalement une phobie tiens plus de la peur plutôt que de la haine et c’est ce que je ressens quand on parle de l’Islam.

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