Après Le Petit Robert, voici Le Petit Gabriel (2)

imagesPTEQYK3DNote: le premier tome de ce dictionnaire a été mis en ligne sur ce site il y a deux jours.

Ah! La dictature!…

Vous souvenez-vous de la «dictature de la beauté», démasquée par La Presse? Ou de la «tyrannie du plaisir», clouée au pilori par Le Devoir? Ou de la <dictature du fun>, dont s’est inquiété Le Journal de Montréal? (voir: <tyrannie> et <dictature>) Ce sont des expressions qui se proposent d’enrôler le citoyen dans une guerre sans merci contre de terribles oppressions. Ainsi en est-il de la «tyrannie du courriel». Ou de la «dictature du bon goût». Ou, ci-dessus, de la… <dictature des petites couettes>!

Ce détournement de sens est sans importance? Erreur. Ce serait oublier à quel point la perception de la réalité est façonnée par le poids écrasant des médias. Oublier aussi que le commun des mortels n’est pas nécessairement outillé pour décoder ces fantaisies médiatiques: 40% des adultes québécois ont un niveau de littératie insuffisant.

D’où ce dictionnaire se proposant de décoder le langage médiatique.

LE PETIT GABRIEL (deuxième partie)

Tyrannie ou Dictature: ces deux mots ne sont presque plus jamais utilisés pour décrire des régimes politiques qui oppriment et tuent leurs commettants. On voit aujourd’hui une tyrannie ou une dictature dans des modes bénignes. Ou mieux encore, dans le libre commerce, les institutions démocratiques et les gouvernements élus.

Écouter: comme dans: <Le gouvernement doit écouter la rue>. Depuis les troubles étudiants de 2012, nous savons qu'<écouter> veut en réalité dire <obéir>. Comme dans: <Le gouvernement doit obéir à la rue>. C’est un archaïsme inspiré des familles québécoises d’autrefois: lorsque le paternel criait à un de ses 12 rejetons: <Toé, écoute-moé!>, le prélart terrorisé se roulait en boule dans un coin de la cuisine! Exactement comme le font les gouvernements de nos jours.

Débat: souvent, un politicien ou une tête parlante quelconque affirme vouloir un débat qui impliquerait toute la population (voir: <impliquer la population>). Il ou elle indique ainsi que la discussion est close et que le seul débat admissible consisterait à adopter unanimement ses propres positions. Exemple: Pierre-Karl Péladeau veut un débat sur la souveraineté. Ou encore: Jaggi Singh veut un débat sur le capitalisme.

Impliquer la population: en un contresens similaire à celui qui afflige le mot <débat>, affirmer que l’on veut impliquer la population indique que seuls ses représentants auto-proclamés et non élus seront les bienvenus: activistes professionnels, artistes engagés (voir: <artiste engagé>) et autres grandes gueules. L’implication idéale est semblable à celle qui prévaut aux élections scolaires:  5% de la population s’implique suffisamment pour aller voter, de sorte que seuls les professionnels pas vraiment élus ont voix au chapitre.

Artiste engagé: se dit d’un artiste dont l’œuvre transmet un message sociopolitique de gauche (voir: <gauche>): un artiste centriste ou de droite ne serait pas reconnu comme engagé -de toute façon, il n’existe pas de tels artistes- et risquerait plutôt d’être qualifié de fasciste (voir: <fasciste>). L’engagement artistique consiste donc à fustiger le néolibéralisme, la société de consommation, les préjugés réactionnaires (voir: <préjugé>), le christianisme (mais pas l’islam), les États-Unis, Israël. Il permet à l’artiste d’accéder au statut extrêmement convoité de dissident (voir: <dissident>) éventuellement, avec un peu de chance, victime du système.

Gauche: jadis, être de gauche consistait à préconiser des changements susceptibles d’amener un progrès pour la plus grande part possible de la population. Aujourd’hui, être de gauche consiste en deux choses. Un, faire la promotion du gigantesque appareil étatique. Deux, lutter bec et ongles pour maintenir le statu quo et s’assurer que rien, absolument rien, ne se fasse.

Fasciste: désigne quiconque n’est pas résolument, absolument, religieusement, fanatiquement, de gauche ou d’extrême gauche. Par exemple: Franklin D. Roosevelt ou René Lévesque seraient aujourd’hui décrits comme fascistes.

Préjugé:  mot utilisé pour fustiger une opinion que personne, absolument personne, ne professe. Exemple: la radio de Radio-Canada a un jour parlé des «préjugés sur les Bulgares». Or, franchement, sur les Bulgares, je n’en connais aucun: que diable ces préjugés peuvent-ils être? Que tous les Bulgares ont des petites voix surnaturelles comme dans la musique du Mystère des voix bulgares?

Dissident: à l’origine, un dissident était un être humain s’opposant aux diktats de sa société. Il était en général privé de revenus, emprisonné, torturé, exécuté. Le dissident moderne, lui, se conforme scrupuleusement aux diktats de l’opinion dite éclairée. Par conséquent, il jouit d’une haute reconnaissance sociale, de revenus souvent importants, de l’accès à tous les grands médias, d’une célébrité égale à celle des rock stars. Il est littéralement intouchable, à l’image de Noam Chomsky, Michael Moore, Thomas Piketty ou… Gabriel Nadeau-Dubois.

Voilà. C’était mon humble contribution à la lutte contre la… dictature du langage des médias!

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