Les petits secrets du monde du livre

sallivreAu fil des décennies passées à lire de façon compulsive, puis à me spécialiser pendant plusieurs années dans la couverture du monde du livre à La Presse, j’ai pu constater un certain nombre de faits, certains cruciaux, qui ne sont à peu près jamais évoqués dans les grands médias. À l’occasion du Salon du livre de Montréal, en voici un petit florilège.

+ Au Québec, le principal obstacle à l’épanouissement du livre réside dans le fait que les gens… ne savent pas lire. 49 % des Québécois éprouvent des difficultés de lecture et 800 000 sont analphabètes. Le ministère de l’Éducation, empêtré dans ses structures, ses sabots de Denver bureaucratiques et les élucubrations psychédéliques de ses réformologues, ne remplit pas sa plus élémentaire mission.

+ La relative pénurie de livres dans les bibliothèques publiques et scolaires tient, entre autres, à l’obligation qui leur est faite par la loi de les acheter -à plein prix- chez les libraires locaux agréées par l’État.

+ La sacralisation du livre comme outil divin d’acquisition de la connaissance interdit d’aller voir ce qui se passe dans la sacristie… Ainsi, dans les grandes librairies québécoises, on trouve en moyenne 86 titres consacrés à l’ésotérisme, le paranormal et autres fumisteries pseudo-scientifiques contre… 14 titres consacrés à la science. (Serge Larivée, Université de Montréal, 2011)

+ Le retard du Québec dans la fréquentation du livre numérique deviendra dans un avenir proche son problème le plus important (mais actuellement nié avec véhémence). Cette année, seulement 12% des Québécois ont acheté un livre numérique, même si 63% possèdent une liseuse ou une tablette (selon Léger Marketing). Avertissement: déjà, les adeptes québécois de l’écran lisent autant en anglais qu’en français… Portrait type du <lecteur numérique>: universitaire, Montréalais, professionnel, lecteur vorace, gagnant plus de 100 000$ par année.

+ À ce sujet, voulez-vous connaître un sale petit secret? L’extraordinaire bouquin (une brique!) de Davis S. Landes, Richesse et pauvreté des nations, se vend 11,25$ en anglais, version numérique, chez amazon.ca. En français, sur support papier (il n’est pas disponible en numérique), on le trouve chez Archambault à… 60.95$!

+ Vous connaissez l’expression: la <chaîne du livre>. Quels sont ses maillons (version papier), au juste? Dans l’ordre: l’auteur, l’éditeur, l’imprimeur, le camionneur, le distributeur, le camionneur, le libraire, le lecteur. Puis, pour les 30% de retours: le camionneur, le distributeur, le camionneur, le pilon. Question: quel est le personnage le plus omniprésent? Réponse: le camionneur. Autre question: au XXIe siècle, cela peut-il durer? Réponse: non, pas à grande échelle.

+ Depuis un quart de siècle, le fantasme de notre milieu du livre est de faire adopter une loi dite du <prix unique> (réglementation, globalement à la hausse, du prix de vente), comme la France l’a fait il y a 30 ans. Mais est-ce si efficace? Il y a un an, France Culture répondait:  l’État français doit encore subventionner des librairies fragilisées «dont la situation économique ne cesse de se dégrader>.

+ En France, le livre est lourdement réglementé. La publicité du livre à la télévision a jadis été interdite (par crainte d’y voir promues surtout les traductions des best-sellers américains), faisant du livre le seul support culturel interdit d’antenne! L’animateur d’une copisteémission littéraire (était-ce Bernard Pivot?) a un jour été officiellement averti par l’État de cesser de montrer les jaquettes à l’écran de façon… ostentatoire, geste assimilable à de la publicité! (dans Le livre, la fin d’un règne, Fabrice Piault.)

+ Le livre, c’est un contenu et non un contenant. Sur parchemin noirci par des moines copistes, sur feuillets imprimés par la machine de Gutenberg, sur écran estampillé Kindle ou iPad, le support n’a que peu d’importance. Qu’on refuse de voir cette réalité est un refus de voir la culture et la connaissance se propager de façon toujours moins coûteuse, plus écologique, plus simple et plus démocratique.

Une réflexion au sujet de « Les petits secrets du monde du livre »

  1. Vous ne vous en souvenez sûrement pas, mais vous m’avez convaincue des avantages du livre électronique il y a quelques années en m’expliquant le principe de l’encre électronique, plus reposante pour les yeux. Depuis ce temps, j’ai donné la plupart de mes classiques à ma belle-sœur, enseignante du français, pour les remplacer par des versions électroniques gratuites du domaine public. Pourquoi est-ce que je m’entête à acheter parfois des versions papier au lieu de versions électroniques de nouveaux livres? Probablement à cause de tous les comptes qu’on doit ouvrir dans les librairies en ligne, avec les renseignements à donner et les bulletins d’information à subir ensuite.
    Par contre, si on ne parle pas toujours du 49 % d’analphabétisme, c’est entre autres parce qu’une bande d’énervants, des Québécois, a sauté sur ce bonbon pour cracher sur le Québec et le peuple québécois, ignare et inculte d’après leurs propos, plutôt que de parler de solutions. Autrement dit, cette statistique fait leur affaire, car ça leur permet d’épancher leur haine des Québécois, de la défense du français… et même de la laïcité!
    Ils disaient que la Charte ne pouvait pas passer car c’est un projet d’analphabètes (comme si ça avait un rapport). Ils disaient que la loi 101 est inutile est injuste et le français ne vaut pas la peine d’être défendu, parce que de toutes façons,il est démoli par les Québécois qui sont ignares, incultes et analphabètes. Et ainsi de suite…
    C’est dommage, car ce problème très important est récupéré et noyé par tous ceux qui ont à cœur de promouvoir le mépris et la haine des Québécois, qui sont très souvent des Québécois eux-mêmes.

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