Toronto: une claque en pleine face!

14215-39342Le Québécois ne va pas à Toronto. Il reste chez lui. Ou alors il va à New York ou à San Francisco. À Paris ou en Provence. Mieux encore, à Istanbul ou à Shanghai. Bref: ABT (Anywhere But Toronto). Toronto est à la fois trop près de nous (zéro exotisme) et trop différente. Peut-être même vaguement agressante.

D’abord, c’est plein de Canadians (ouache…) s’exprimant en anglais, ces barbares.

Ensuite, ça exhibe une prospérité insolente.

On y voit des gratte-ciels à l’architecture ambitieuse poussant comme des champignons. Des voies urbaines carrossables où les autobus ne sombrent pas corps et biens dans des nids de brontosaures. Des places publiques calmes ou grouillantes, au choix (on trouve même une sorte de mini-Times Square, angle Yonge et Dundas, qui a vraiment de la gueule). Des artères commerciales de tous les niveaux, scandaleusement luxueuses ou bobos-branchés-Plateau-genre-style-comme, où le nombre de boutiques prospères dépasse de loin le nombre de vitrines placardées (au fait, je ne crois pas en avoir vu une seule dans un rayon de trois kilomètres du Centre Eaton). Des districts historiques splendidement restaurés où on peut même boire et manger, l’entreprise privée et ses caisses enregistreuses n’y étant pas interdites de séjour (voir le Distillery district, dans l’est de la ville).

Et, insulte suprême, un foisonnement culturel dont on peut tout juste rêver, nous qui nous sommes toujours targués d’être les plus mieux extra cultivés trônant au milieu d’un méprisable désert culturel dont les premières dunes s’élèvent tout juste à l’ouest de Gatineau!

designOn peut par exemple assister, à trois heures de l’après-midi, au concert d’un big band dans une petite boîte de jazz plantée à un jet de pierre d’une rétrospective des œuvres d’Alex Colville (Art Gallery of Ontario)… elle-même installée à l’ombre de l’École d’art et de design dont l’annexe (photo), sorte de boîte suspendue dans les airs, est une audace, une vraie, de l’architecte britannique Will Alsop. Et je n’ose pas parler des lieux de théâtre. Ou de musique. Ou de festivals de cinéma…

J’entends d’ici: On sait ben, tabar…, la grosse finance, les grosses banques, les gros capitalisss de Bay Street valets de Wall Street, y’ont d’l’argent!

En effet, y’ont d’l’argent. Et nous n’en avons pas.

Morale de la fable? Je ne sais trop. Je ne suis même pas sûr qu’il s’agisse avant tout d’une affaire d’argent. Montréal s’ausculte beaucoup ces temps-ci, brasse des idées, réclame des projets. Mais c’est toute une mentalité qu’il faudrait changer, dans notre modeste métropole comme dans le reste du Québec. Une mentalité de gagne-petits héritée des curés, arc-boutés sur le butin du passé, effrayés par le moindre changement, encore méfiants de la <grosse ville> et de son paganisme tapageur.

C’est comme si nous avions collectivement choisi la simplicité volontaire… mais une simplicité confinant à la disette (surtout intellectuelle) et choisie plus ou moins volontairement!

Dans cet état d’esprit, Toronto, c’est une claque en pleine face. Et je nous soupçonne d’être tentés, parce que c’est moins fatiguant, de tendre l’autre joue.

2 réflexions au sujet de « Toronto: une claque en pleine face! »

  1. Bon. Je viens de vous retrouver. Bravo! Oui, le « Distillery district », c’est vraiment surprenant. On a fait un petit voyage en train en famille. Moment fort: le souper au restaurant mexicain qui s’y trouve. Recommandé fortement.

  2. Comme je m’étais ennuyée de vos textes, monsieur! Toujours une aussi belle plume et toujours aussi pertinente. Oui, nous avons choisi la «simplicité volontaire» mais soutenu par l’État.

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