Opiner d’abord, réfléchir ensuite…

imagesAvez-vous souvent une opinion sur un  événement qui s’est produit il y a à peine 30 minutes? Oui? Ça m’arrive aussi. Trop souvent. Se confectionner une opinion instantanée est pourtant difficile, à moins que cet événement ne soit extraordinairement banal, simple et sans conséquences. Mais il est vrai qu’on ne résiste pas toujours à l’impulsion…

Cette course à l’opinion constitue l’écueil qui sera autant que possible évité dans ce blogue (sauf irrésistible impulsion, justement!), quitte à regarder déferler le tsunami médiatique pendant un jour ou deux si nécessaire… le temps d’essayer de comprendre la portée d’un événement et de l’inscrire plus ou moins adéquatement dans la petite ou la grande histoire.

Car le fait est que le temps médiatique s’est accéléré au point qu’un événement est la plupart du temps jugé dans les minutes -sinon les secondes- qui le suivent.

Comment en est-on arrivé là?

En 1980, CNN entrait en ondes en misant sur l’instantanéité. La chaîne d’info continue d’Atlanta a maintenant presque 35 ans et la formule a été reprise dans le monde entier. On a donc appris à vivre avec ses qualités, ses défauts et ses dommages collatéraux: le fait, par exemple, qu’elle ait imposé son rythme effréné aux autres médias. De sorte que l’information-minute nous est devenue indispensable.

Il en est de même avec la deuxième révolution contemporaine de l’information, celle des médias sociaux, qui a engendré l’opinion-minute.

Les médias sociaux (blogues, Facebook, Twitter, YouTube, etc.) ont pris leur véritable envol il y a plus ou moins une décennie, tout comme l’outil privilégié pour les nourrir et y accéder, le téléphone intelligent. Or, leur effet direct sur l’information est plus considérable encore que dans le cas de CNN et compagnie.

Le premier de ces effets est la victoire de l’opinion sur les faits, remarquable dans le nouveau partage de l’espace (papier ou web) et du temps d’antenne dévolus à l’une et aux autres, y compris dans les grands médias.

Le deuxième réside dans la vitesse pure: on peut dorénavant accéder à une gamme presque infinie d’opinions sur un événement qui n’est pas encore parvenu à sa conclusion… ou même, on a déjà vu ça, qui ne s’est pas encore produit!

Troisième conséquence: la baisse de niveau du débat public. «Il faut se prononcer rapidement et multiplier les opinions sur tout et n’importe quoi. On espérait élargir les frontières de l’agora, on l’a transformée en taverne», note le sociologue Mathieu Bock-Côté dans Exercices politiques. Inutile de rappeler le plongeon des médias sociaux dans l’injure, le mépris et la haine, illustré de splendide façon lors de la crise étudiante de 2012. Il est plus troublant de constater que les médias traditionnels sont désormais assaillis par la tentation d’en faire autant et n’y résistent pas toujours.

On ne désinventera ni CNN ni Twitter. Mais il n’est écrit nulle part qu’il faille adopter tous leurs travers.

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