Cessons de donner un coup de main à Trump !

nbc-fires-donald-trump-after-he-calls-mexicans-rapists-and-drug-runnersDonald Trump est un être imbuvable. Homme-enfant, narcissique, menteur en série, instable, ignorant et fier de l’être, il est déjà un personnage dangereux pour la démocratie, les droits et la paix sociale. Mais ce n’est rien à comparer à ce qu’il serait si, par malheur, il devait être élu président des États-Unis. Personne ne l’a mieux décrit que Colin Powell, un républicain, selon qui le candidat est <une disgrâce nationale> et <un pariah international>.

Je dis souvent à la blague (mais pas tant que ça…) que, si l’électorat américain devait confier à Donald Trump les codes nucléaires, je me ferais creuser de toute urgence un abri.

Or, depuis 48 heures, les attentats commis à New York, au New Jersey et au Minnesota ont, par comparison, fait paraître cet homme-là comme un parangon de bon jugement, de réalisme et de vérité! Faut l’faire, comme on dit.

Pourquoi?

À cause de l’extraordinaire hypocrisie des commentateurs ainsi que des démocrates américains en général. Et d’Hillary Clinton en particulier. Tous ceux-là se sont livrés à des contorsions dignes du Cirque du Soleil pour jurer, main sur le cœur et ignorant de ce qui s’était vraiment passé, qu’il ne s’agissait sûrement pas d’attentats islamistes. Aucun. Jamais. Or, je ne saurais dire exactement pourquoi, mais c’est pourtant la première idée qui est venue au commun des mortels…

Le gouverneur (démocrate) de l’État de New York, Andrew Cuomo,  s’est dit d’avis que ces explosions étaient certes <intentionnelles>. Mais que rien ne prouvait l’action du <terrorisme international>. (Après les <extrémistes violents> ou les <radicalisés enclins à la violence>, le <terrorisme international> est la nouvelle expression permettant d’esquiver le mot débutant par is et finissant par lamiste.)

Quant au maire (démocrate) de New York, Bill de Blasio, il a tout simplement refusé d’employer le mot <terrorisme> en expliquant que n’importe qui, n’est-ce pas, et pour n’importe quel motif, n’est-ce pas, est susceptible de placer une bombe dans un lieu public!

Enfin, la candidate démocrate à la présidence, Hillary Clinton, a fait de gros efforts pour ne rien dire, comme ça lui arrive souvent.

Mais ne jetons pas trop vite la pierre à ces idiots (utiles) d’Américains.

Cherchant à m’informer auprès de l’une des chaînes québécoises d’information continue, j’ai entendu pire. Un <expert> a doctement émis l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’attentats néo-nazis (lesquels ne cessent de tuer chaque jour des milliers de gens partout dans le monde, comme chacun sait). Encore heureux qu’il n’ait pas évoqué la résurrection des Brigades rouges ou de la bande à Baader d’il y a 40 ou 50 ans…

Il est maintenant généralement reconnu que nous sommes entrés dans une ère post-factuelle. C’est-à-dire que les faits n’ont plus aucune importance dans le discours public. Je suis assez d’accord. Alors, je vais apporter ma modeste contribution au rappel de quelques faits.

  • suspect-large_transd19gjsrs5dvdzftjdrjdaal2vsvfac0cjj_ba7hslbiDeux hommes sont considérés comme suspects dans cette affaire. Le premier est Dahir A. Adan, 22 ans, abattu par un policier après avoir poignardé neuf personnes; l’État islamique a officiellement cautionné son geste. Le second est Ahmad Khan Rahami (photo), 28 ans, blessé et arrêté après avoir tiré sur deux policiers.
  • Les attentats islamistes ne sont pas vraiment rares dans le monde. Depuis le début de l’année en cours, 1 699 attentats islamistes ont fait 14 785 morts et 17 970 blessés dans 55 pays. (Les événements des derniers jours aux États-Unis ne sont pas inclus.)

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Quinze ans après

92333210_oÀ l’époque, il en a fallu du temps, beaucoup de temps, pour chasser la stupéfaction, l’horreur, la tristesse, la colère, puis une forme inédite de désespoir, qui nous ont alors habités. Ensuite sont venues les questions et les tentatives de donner un sens au 11 septembre 2001.

Tout de suite, les Américains ont demandé: pourquoi nous haïssent-ils tant? Et ils se sont précipités sur le Coran pour comprendre: le livre est aussitôt entré sur les listes américaines de best-sellers. Encore ignoraient-ils qu’après une brève pause («Nous sommes tous Américains»), l’animosité à leur endroit ne ferait que croître et croître encore, partout dans le monde.

Pendant ce temps, les coeurs saignants brandissaient les «root causes», toujours les mêmes: impérialisme, exploitation, pauvreté, exclusion et compagnie. Or, les 19 hommes du 9/11 étaient pour la plupart instruits, provenaient de pays riches et de familles à l’aise, agissaient sous l’inspiration d’un gourou multimillionnaire…

Enfin, les affairistes et les prêcheurs ont tonné: les terroristes gagneront si… si nous cessons de faire du shopping, si nous ne prenons plus l’avion, si nous cédons à la haine envers les musulmans, si, si, si…

C’était puéril!

Pourtant, l’interrogation demeure pertinente. Les terroristes ont-ils gagné?

attentat-volgograd-sotchi_4650788Oui et non. Le fait est que nous avons beaucoup perdu. Perdu de gros morceaux des attributs qui font de notre civilisation ce qu’elle est. Ou plutôt ce qu’elle a été. Après le 11 septembre 2001, l’Occident a en effet réagi comme s’il cherchait à participer à sa propre destruction. On y a vu se déployer moins d’intelligence que d’ineptie; moins de courage que de capitulation; moins de raison que de superstition.

 

L’intelligence?

Sous Bush fils, l’Amérique n’a eu rien de plus pressé que de se précipiter vers la faillite économique, diplomatique et morale. Elle a entrepris deux guerres, l’une inutile, l’autre mal conduite. La diplomatie américaine a choqué presque tous ses alliés, le degré zéro de l’amitié bilatérale étant atteint avec le Pakistan, cette contrée de 180 millions de musulmans violemment antiaméricains assis sur des ogives nucléaires. Enfin, se faisant fort d’exporter la démocratie, les États-Unis ont créé Guantánamo, promulgué de douteuses lois spéciales, bricolé un appareil de sécurité kafkaïen. aujourd’hui composé de 1200 sociétés publiques et 2000 compagnies privées!

Le courage?

Peut-être l’événement fondateur du XXIe siècle aura-t-il été, non pas le massacre du 9/11, mais l’affaire des caricatures danoises de Mahomet. Quel symbole, en effet, de la capitulation de l’Occident sur le terrain de ses valeurs fondamentales! Car le chantage a fonctionné. Peu de médias ont osé reprendre les caricatures (même l’Université Yale les a omises dans un bouquin sur le sujet!) Et ceux qui l’ont fait, comme Charlie Hebdo, l’ont payé cher…

Combien d’autres capitulations avons-nous consenties?

Accréditer l’idée que l’Occident est devenu islamophobe en est une. C’est faux. Partout, les crimes haineux continuent à accabler surtout les juifs, les Noirs et les gais. Cela n’a pas changé, quelles que soient les lamentations des islamo-gauchistes, séduits par la haine antiaméricaine, le dogmatisme austère et la violence «révolutionnaire» des djihadistes.

La raison?

En «googlant» le 11 septembre 2001, on obtient des milliers d’exposés fous à lier sur le complot, sur l’«inside job». Anecdotique? Non. L’internet est le principal tuteur des générations qui montent. Fréquentant ce fleuron technologique de notre civilisation, ces générations sont dorénavant dressées à croire absolument n’importe quoi. Est-ce bénin?

Et le retour en force de la folie religieuse, bénin ça aussi?

maxresdefaultNous ne comprenons toujours pas la formidable puissance de l’« idée » islamiste. En témoigne le recrutement croissant de djihadistes en Occident, à la fois chez les ressortissants étrangers venus y vivre, ou chez leurs fils et filles, ainsi que chez les convertis. Et nous ne savons que faire. Qu’est-ce qui n’a pas été essayé dans cette guerre asymétrique où le potentiel militaire classique ne sert visiblement à rien? Et où une seule des deux parties (nous!) est sommée d’être rigoureusement morale ? Surtout, surtout : comment combat-on une « idée », en particulier lorsque cautionnée par un dieu, aussi irrationnelle, immorale et assassine soit-elle ?

Il faut désormais accepter avec tristesse le fait que le 11 septembre 2001 a détruit beaucoup d’illusions. Notamment celle voulant que le progrès soit une route à sens unique qui, sans accident possible, va d’une préhistoire violente, ignare et misérable jusqu’à une société toujours plus paisible, éclairée et confortable.

Ce n’est pas le cas. La caverne n’est jamais loin. La barbarie menacera toujours. Tout comme notre goût à nous, Occidentaux, pour l’autoflagellation et le suicide collectif.

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Le village des valeurs !

Machine à évaluer les valeurs.
Machine à évaluer les valeurs.

Doit-on juger des valeurs d’un candidat à l’immigration avant de l’admettre dans notre beau grand village canadien et/ou québécois? Soumettre ses valeurs à une sorte de machine qui évaluerait leur conformité aux valeurs de chez nous?

C’est plus ou moins ce que suggèrent Kellie Leitch et François Legault, respectivement candidate à la direction du Parti conservateur du Canada et chef de la Coalition avenir Québec.

L’affaire n’est pas simple.

D’abord, devant un tel test, le candidat aurait tout le loisir de mentir, évidemment (ce que note fort à propos Paul Journet dans La Presse +). Désirant fonder ici une franchise de la talibanitude ou de l’État islamique, le djihadiste le moindrement dévoué et allumé ne révélerait certainement pas ses opinions profondes sur le rôle majeur qu’il attribue à Allah dans la conduite des affaires terrestres; sur sa haine de la démocratie; sur les vertus de la lapidation et de la décapitation; sur l’impudeur de la mode féminine occidentale; sur les méfaits de la scolarisation, surtout chez les filles; ou sur la perversité de la musique.

Ainsi, chez nos voisins du Sud, on ne connaît personne qui ait répondu <oui> à la question: <Désirez-vous entrer en territoire américain dans le but d’assassiner le président des Etats-Unis?> *

Cependant, il existe au pays un quasi-précédent.

En 2012, la Cour suprême s’est penchée sur une cause criminelle ontarienne où un témoin à charge, une femme, désirait témoigner masquée, c’est-à-dire le visage couvert d’un niqab -ce qui contrevient prima facie au droit de l’accusé à une défense pleine et entière. Or, les augustes juges ont renvoyé l’affaire au magistrat de première instance en lui confiant la responsabilité de déterminer si la dame était vraiment sincère dans l’expression vestimentaire de ses valeurs religieuses… en utilisant, peut-être, une machine à évaluer les dites valeurs religieuses.

Une machine dont il suffirait sans doute de modifier quelques engrenages pour l’adapter aux besoins des services de l’immigration!


* Pour être franc, je n’ai retrouvé dans aucun document du gouvernement des États-Unis la trace de cette question présumément posée aux visiteurs se présentant à la douane américaine. Peut-être était-ce le cas jadis. Ou, plus probablement, s’agit-il d’une légende urbaine. En tout état de cause, les quatre présidents assassinés (Lincoln, Garfield, McKinley, Kennedy) l’ont été par des citoyens nés aux Etats-Unis…

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